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Les 18 techniques de base de Shaolin 少林基本功十八式

A Shaolin il existe 18 techniques de bases qui permettent de « poser les fondations » du style. Bien évidemment il en existe plus que 18. Mais le chiffre 18 étant un chiffre important dans la culture de Shaolin, les anciens maitres ont définies 18 techniques basiques précises.

马步单鞭 – Mǎ bù dān biān

Ces 18 techniques sont les suivantes :

1 马步单鞭Mǎ bù dān biān 2 弓步斜形Gōng bù xié xíng
3 虚步格掌Xū bù gé zhǎng 4 仆步切掌Pū bù qiè zhǎng
5 歇步中拳Xiē bù chōng quán 6 弹腿Tàn tuǐ
7 单拍脚Dān pāi jiǎo 8 里合脚Lǐ hé jiǎo
9 外摆脚Wài bǎi jiǎo 10 劈腿Pī tuǐ
11 侧踹腿Cè chuài tuǐ 12 后蹬腿Hòu dēng tuǐ
13 鸡型步Jī xíng bù 14 蝎子摆尾Xiē zi bǎi wěi
15 前扫腿Qián sǎo tuǐ 16 二起脚Èr qǐ jiǎo
17 旋风脚Xuànfēng jiǎo 18 外摆脚Wài bǎi jiǎo

Elles permettent de travailler les postures, les techniques des membres supérieurs (tranchants, poings, crochets, hypercut, marteaux, piques, etc), les techniques des membres inférieurs (déplacements, coup de pieds, balayages, etc) ainsi que les principes du style. Chacune des techniques permet une défense sur une des 3 distances (longue, moyenne, courte) et s’exprime par des clés, projections et percussions.

Elles se retrouvent dans la totalité des formes du style (luohan quan, hong quan, qi xing quan, etc) et sont la « marque de fabrique » du style.

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Les particularités du style Shaolin 少林功夫的风格

少林功夫的风格 – Le style du gongfu shaolin

La multitude des styles des arts martiaux chinois se différencient par des particularités, des principes qui leurs sont propres. L’article suivant a pour objectif de vous présenter les particularités de la boxe de Shaolin 少林拳 à travers des extraits de traités canoniques du style.

拳打一条线quán dǎ yītiáo xiàn : La boxe s’exécute sur une ligne droite
滚出滚入gǔn chū gǔn rù : enrouler en sortant, enrouler en rentrant.
Commentaire: Les frappes sont toutes « enroulées » ou « vissées », le corps s’enroule, les bras s’enroulent, comme une balle de pistolet ou la mèche d’une perceuse, la rotation permet la pénétration. L’image est comme une tornade se déplaçant sur une ligne droite.

曲而不曲,直而不直qū ér bù qū, zhí ér bù zhí: Fléchi mais pas fléchi, tendu mais pas tendu.
Commentaire: Il ne faut pas tendre complètement le bras lors d’une frappe pour éviter de s’exposer à un contre, luxation ou frappe sur l’articulation du coude. Mais il ne faut pas trop fléchir afin de pouvoir émettre suffisamment de puissance. Un des points clé est d’avoir le coude vers le bas pour maintenir la structure (结构).
Ce traité martial souligne également l’effet « ressort » dans la frappe (toujours dans l’idée de ne pas se faire contrer ou saisir).
A Shaolin, les maitres aiment prendre en exemple la dualité des mots « vieux » et « inexpérimenté » (en chinois « 老嫩 ») pour expliquer cette notion. Le « vieux » (en référence au « tendu ») a dépassé la maturité et a donc moins de force, là où « l’inexpérimenté » (en référence au « fléchi ») n’a pas encore la maturité et ne peut donc pas exprimé toute sa force. Le « fléchi mais pas fléchi, tendu mais pas tendu » permet de résoudre « le vieux » et « l’inexpérimenté » tout en exprimant la puissance.

拳打卧牛之地quán dǎ wò niú zhī dì : la boxe s’exécute (dans l’espace) d’un bœuf allongé sur le sol
短小精悍duǎn xiǎo jīng hàn : court petit (mais ) concis et féroce
刚劲有力gāng jìng yǒu lì: Le jin (puissance) dur/ferme a (beaucoup) de force. Ce qui met en avant le côté « féroce » / « argneux » du style.
Commentaire: Le premier traité souligne que la boxe de Shaolin n’est pas une boxe « longue », elle peut se pratiquer dans des endroits confinés, il est dit « l’espace d’un bœuf allongé sur le sol ».
Les deux autres traités mettent en avant la puissance et la férocité des frappes dans la boxe de Shaolin malgré l’utilisation de petits mouvements pour ne pas s’exposer.

稳固而灵活 – wěngù ér línghuó : Solide mais agile
刚柔合一
gāng róu hé yī : unifier la fermeté et la souplesse
内外合一nèi wài hé yī: unifier l’interne et l’externe
Commentaire: Ces traités indiquent qu’il faut être féroce et puissant, mais qu’il ne faut pas non plus être raide et tendu. La puissance prend racine dans le relâchement et la profonde détente. Elle s’exprime en une centième de seconde lors de la frappe. C’est un des principes fondamentaux dans l’ensemble des arts martiaux chinois, savoir harmoniser le ferme et le souple, l’interne et l’externe ou en d’autres termes savoir maitriser le Yin et le Yang.

朴实无华pǔ shí wú huá : simple et sans fioriture (minimaliste)
Commentaire: La boxe de Shaolin n’est pas agréable à regarder, ce n’est pas une boxe « jolie ». L’accent est mis sur la simplicité et le pragmatisme des techniques, les techniques sont simples mais efficaces sans fioritures.

关裆合胯  – guān dāng hé kuà: fermer l’entrejambe et le pli de l’aine (kua 胯)

以防为主yǐ fáng wéi zhǔ : Utiliser essentiellement la défense
攻防合一gōng fáng hé yī: Unifier l’attaque et la défense
Commentaire: Il est dit qu’à Shaolin il y a trois trésors:
– Le Zen (Chán 禅 en chinois)

– L’art martial (Wǔ 武 en chinois)
– La médecine (Yī 医 en chinois)
Ces trois trésors ont un point commun: la défense. L’objectif de ces 3 trésors est de se défendre, chacun dans leur domaine respectif:
– Le Zen (Chán en chinois): défense contre les agressions psychologiques
– L’art martial (Wǔ en chinois): défense contre les agressions physiques
– La médecine (Yī en chinois): défense contre les agressions internes (défense immunitaire)
Les arts de Shaolin ont donc pour objectif de se défendre au sens large afin de pouvoir nourrir sa vie (养生 Yǎngshēng).
Pour en revenir sur l’aspect martial, la stratégie est donc plus axée sur la défense mais ce qui n’empêche pas qu’une défense peut être à la fois une attaque…

小手花众多xiǎo shǒu huā zhòng duō : Enormément de forme de mains
缩身动作多suō shēn dòng zuò duō : Beaucoup de mouvement de contraction/rétractation du corps

腿法多  – tuǐ fǎ duō: Beaucoup de techniques de jambes
Commentaire: Dans la boxe traditionnelle de Shaolin, les techniques de jambes ne dépassent pas la hauteur des hanches. il n’y a pas de techniques de jambe « hautes » pour 3 raisons principales:
1- Une technique de jambe « haute » n’est pas assez stable (beaucoup moins stable qu’une technique de jambe « basse »)
2- Une technique de jambe « haute » découvre trop le corps (les parties génitales, les articulations, etc)
3- Une technique de jambe « haute » est plus lente qu’une technique « basse »

Un vieux grimoire de Shaolin dit au sujet des techniques de jambes:
古拳谱云:

腿起望膝,膝起望怀,
脚起撩阴,肘发护心。

Traduction:
La jambe se lève et vise le genou,
Le genou se lève et vise la poitrine,
Le pied se lève et frappe (du bas vers le haut) les parties Yin,
Le coude s’expulse et protège le coeur.

发声多  – fā shēng duō: Beaucoup d’émission de son

神形一体shén xíng yī tǐ : L’esprit et le corps ensemble
禅拳合一chán quán hé yī: Unifier le Chan (Zen) et la boxe

重复动作多chóng fù dòng zuò duō : Beaucoup de répétition
Commentaire: Un même mouvement se retrouve dans beaucoup de forme. Seule la répétition mène à la perfection. N’ayez pas peur de la lassitude et de l’amertume.

打人不见形,见形不为能dǎ rén bù jiàn xíng, jiàn xíng bù wéi néng

少林武术套路繁多,包罗万象 – Shàolín wǔshù tàolù fánduō, bāoluówànxiàng : multiplicité des taolus, un contenu riche et varié

拳谱一曰:
屈而不屈,直而不直。
短者伸直,长者则屈。
快要加速度,力求疾中疾。
出拳如螺旋,阴阳妙理玄。

Traduction:
Fléchi mais pas fléchi, tendu mais pas tendu.
Court dans le tendu, long dans le fléchi.
(Pour être) rapide (vous) devez augmenter (votre) vitesse, la force demande d’être vive dans la rapidité.
Sortir le poing en spirale, le principe merveilleux du yin yang (阴阳) est incroyable.

拳谱二曰:
少林功夫天下勇,拳场大小不受限。
卧牛之地练拳脚,闪展腾挪把势全。
似走非走当真走,似进非进当真进。
卧牛之地练武艺,四面八方顾周全。
囚鸟笼内若任飞,出笼本事倍加添。
雪地劲草能葆翠,来春脱袄艺层添。

Traduction:
Sous le ciel du gongfu shaolin, l’espace (de pratique) de la boxe n’est pas limitée.

La boxe s’exécute (sur) l’espace d’un bœuf allongé sur le sol (un espace restreint), vous pouvez y pratiquer toutes les techniques : éviter, exposer, bondir, déplacer.
Comme partir en ne donnant pas l’impression de  partir mais vraiment partir, comme avancer en ne donnant pas l’impression d’avancer mais vraiment avancer.
L’espace d’un bœuf allongé (restreint) entraine l’art martial, les quatre côtés et les huit directions sont totalement pris en charge.
L’oiseau encagé qui parvient à voler doublera ses capacités sitôt sorti de la cage.
Les herbes vivaces* qui gardent leur vert de jade sous la neige augmentent leur qualité quand le printemps vient enlever la veste neigeuse.

* Les herbes vivaces désignent, depuis, les Han, les hommes inflexibles.

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Le dernier des grands maitres de Shaolin – Shi Su Xi 释素喜

Shi Su Xi 释素喜

Cet article a pour but de vous présenter l’un des derniers grands maitres de Shaolin:  Shi Su Xi 释素喜. Il a été le dernier moine à entrer dans le temple avant la Libération (jiě fàng 解放 – se référant à la victoire des communistes sur les nationalistes en 1949), il est un des liens avec les enseignements des maîtres de la dynastie Qing 清朝 de Shaolin.

 

Petite enfance
Shi Su Xi 释素喜 est né le 27 septembre 1924 du calendrier lunaire chinois sous le nom de Geng Jin Zhu 耿金柱 dans une famille paysanne très pauvre qui vivait dans un petit village en dehors de Dengfeng 登封 dans la province  du Henan en Chine 河南省, non loin du monastère de Shaolin 少林寺.

Shi Su Xi 释素喜

Six mois après sa naissance, sa mère est décédée. Il a été élevé par son père, vendeur de livres qui entretenait de très bonnes relations avec les moines de Shaolin et recevait souvent de l’aide de ceux-ci en cas de besoin. Cependant, lorsque Geng Jin Zhu avait 11 ans, un hiver terrible tua son père (il a été retrouvé mort, gelé dans une hutte d’herbe). Par la suite, Geng Jin Zhu a rejoint ses cousins ​​alors qu’ils étaient en train de mendier de la nourriture. Souvent intimidés et humiliés, ils n’avaient pas d’autre choix.

A cette époque, il y avait un maître au monastère de Shaolin qui s’appelait Shi Zhen Xu 释贞绪. Plusieurs villageois, qui connaissaient la situation de Geng Jin Zhu, ont raconté son histoire au maître. Après quoi, le maitre pris du papier et un pinceau et laissa la note suivante pour le jeune garçon:

家寒志凌云
顿悟疾复春
胸装十万生
成佛在少林

Traduction:
家寒志凌云jiā hán zhì líng yún
(Malgré) votre famille pauvre, vous avez des ambitions aussi haut que le ciel
顿悟疾复春 – dùn wù jí fù chūn

Dans un moment d’illumination soudaine, votre maladie disparaitra.
胸装十万生 xiōng zhuāng shí wàn shēng
La poitrine (le coeur)  remplie de milliers d’existences
成佛在少林 – chéng fó zài shàolín
Tu deviendras un Bouddha à Shaolin.

 

Geng Jin Zhu, après avoir lu le message du maitre, se rendit au monastère de Shaolin à la recherche de ce dernier. À son arrivée, il trouva le maître Zhen Xu 贞绪 qui attendait dans la salle des invités. Il découvrit alors accroché sur le mur de gauche le poème suivant:

暴风雨袭十七年
恶魔鬼怪祸人间
碧殿毁于军阀火
众僧恨怒法无缘

Traduction:
暴风雨袭十七年 – bào fēng yǔ xí shí qī nián
Les tempêtes de pluie ont attaqué la 17ème année,
恶魔鬼怪祸人间 –  è mó guǐ guài huò rén jiān
Les démons et les fantômes ont fait des ravages sur le monde,
碧殿毁于军阀火 bì diàn huǐ yú jūn fá huǒ
Les splendides salles ont été détruites par le feu du seigneur de guerre,
众僧恨怒法无缘zhòng sēng hèn nù fǎ wú yuán
Tous les moines étaient exaspérés, la place pour la pratique du dharma   a été perdue.

 

shiyousan 石友三

Ce poème fait référence à l’incendie du monastère de Shaolin par le seigneur de guerre Shi You San 石友三 en 1928 (17ème année de la République de Chine) .

Le maître Zhen Xu 贞绪 voyant Geng Jin Zhu lire ce poème en profita pour le tester. Il lui demanda de créer un poème de quatre lignes en réponse à ce dernier. Geng Jin Zhu  s’exclama immédiatement:

净土污染魔作怪
善恶报应迟早来
野火不毁真禅宗
明年群殿更光彩

Traduction:
净土污染魔作怪 – jìng tǔ wūrǎn mó zuò guài
La Terre Pure a été piétinée et polluée par les démons,
善恶报应迟早来shàn è bào yìng chí zǎo lái
Les bonnes ou mauvaises rétributions viendront tôt ou tard,
野火不毁真禅宗yě huǒ bù huǐ zhēn Chán zōng
Un incendie sauvage ne peut pas détruire le vrai Chan 禅 (Zen),
明年群殿更光彩míng nián qún diàn gèng guâng cǎi
Les salles du monastère seront encore plus brillantes l’année prochaine.

 

Maître Zhen Xu 贞绪 fut étonné des paroles du jeune garçon et l’accepta dans le monastère.

 

Ordination

A l’age de 11ans, le jeune Geng Jin Zhu avait déjà perdu ses deux parents et était un mendiant. Pourtant, à cause de la dévotion bouddhiste de ses parents et une relation étroite avec les moines de Shaolin qui ont aimablement aidé sa famille, il avait une foi précoce dans le bouddhisme. Naturellement, le monastère Shaolin fut sa destiné.

Il est entré dans le temple en 1936 à l’âge de douze ans. Maître Zhen Xu 贞绪 l’ordonna plus tard comme un jeune moine novice 小沙弥 (xiǎoshāmí ) dans le monastère et lui donna son nom de moine: Shì Sù Xǐ 释素喜 que nous pouvons traduire par « toujours heureux ». Il représenta ainsi la 30ème génération de Shaolin.

Le monastère Da Xing Shan dans la ville de Xi An

En 1942, à l’âge de 18 ans, il a été envoyé à la ville de Xian 西安 dans la province de Shanxi 陕西 pour recevoir les préceptes 具足戒 au monastère Da Xing Shan 大兴善寺. Après avoir été entièrement ordonné, il est retourné au monastère de Shaolin pour continuer son étude et sa pratique bouddhiste.

Les arts martiaux de Shaolin
À ce moment-là, il était de son devoir de couper du bois, d’aller chercher de l’eau et d’accomplir diverses tâches autour du monastère.
Maître Zhen Xu 贞绪 regardait le jeune Su Xi travailler tous les jours. Il a remarqué la patience naturelle qu’il avait lors de l’accomplissement de chaque tâche, ainsi que sa bonne conduite, et le respect des autres. Là-dessus, il a décidé de commencer à lui enseigner les compétences martiales de Shaolin  少林武功. En fait, beaucoup de moines de Shaolin l’aimaient tellement qu’ils souhaitaient tous avoir la chance de lui transmettre leur savoir.

Le maitre Su Xi 素喜 devint une encyclopédie vivante des arts martiaux de Shaolin des maîtres de la dynastie Qing 清朝. Ses connaissances comprenaient aussi bien les techniques à mains que celles avec armes, mais également des arts plus confidentiel de Shaolin, tels que les points vitaux 点穴. Il fut aussi le dernier moine des générations plus âgées à maîtriser le maniement des chapelets bouddhiste (luó hàn fó zhū gōng 罗汉佛珠功). Sa grande détermination dans l’étude et la pratique au cours des décennies lui a valu le surnom de « Roi de la boxe de Shaolin »  少林拳王.

Entre 1960 et 1962, le maitre Su Xi 素喜 était l’étudiant bouddhiste numéro un en Chine et a été choisi pour être envoyé à Pékin pour l’éducation formelle au Collège bouddhiste de Pékin 北京佛学院. Après l’obtention du diplôme, il est retourné au monastère de Shaolin où il est devenu le maître référent des arts martiaux de Shaolin 武功教头. Pendant tout ce temps, il avait soif de connaissances pour développer davantage les arts martiaux de Shaolin. Il invita de nombreux maîtres chinois 拳师 de différents styles pour partager leurs compétences afin de développer et diffuser la culture Shaolin.

Aucun obstacle n’a jamais entravé sa pratique. En ce qui concerne la formation traditionnelle, il disait:

习武德为先
不怕先挨打
笑脸迎人欺
良师介武德
苦恒出高手

Traduction :
习武德为先 – xí wǔ dé wéi xiān
Pratiques d’abord la vertu
不怕先挨打 – bù pà xiān ái dǎ
N’es pas peur d’être attaqué
笑脸迎人欺 – xiào liǎn yíng rén qī
Accueilles ton adversaire avec le sourire
良师介武德 – liáng shi jiè wǔ dé
Un bon maître introduit la vertu
苦恒出高手 – kǔ héng chū gāo shǒu
L’amertume (la difficulté) et la persévérance sort toujours des hautes mains (grands maitres)

Préserver la culture de Shaolin
Entre les années 1959 et 1961, Dengfeng 登封 a connu une sécheresse de trois ans. Comme il n’y avait plus rien à manger, beaucoup de moines retournèrent à la vie laïque. Seulement le maitre Su Xi 素喜 et 16 autres moines sont restés pour surveiller le monastère.

Pendant la période de la Révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 – 1966-1976), de nombreux gardes rouges (Hóng Wèi Bīng 红卫兵) sont venus détruire les statues bouddhistes du monastère et brûler les sutras. Le maitre Su Xi 素喜 était considéré comme un grand propriétaire foncier (Dà Dì Zhǔ 大地主), et fut ainsi retiré presque chaque jour pour subir la critique publique et l’humiliation (Pī Dòu 批斗) de la part des gardes rouges pour ses « crimes ».

Shi Su Xi, Shi De Chan, Shi Su Yun

Pendant ce temps, il y avait beaucoup de jeunes enfants qui venaient dans le monastère et jouaient autour, endommageant les peintures murales et les statues avec des pierres et des bâtons. Le maitre Su Xi 素喜 a couvert les murs et les statues avec son corps pour les protéger.

Par la suite, certaines personnes lui ont demandé pourquoi il n’utilisait pas sa capacité martiale pour résister ou menacer les gardes rouges et les enfants. Il répondit:
« 1 – ce sont des enfants et ils ne sont pas raisonnables, 2 – notre art martial est utilisé pour fortifier le corps et pour rester en bonne santé, pour développer la vertu et discipliner le mal .. 3 – un bouddhiste doit traiter les gens avec tolérance. »

Shi De Chan 释德禅

Afin de protéger les reliques culturelles contre de futurs dommages , le maitre Su Xi 素喜 avec l’abbé du monastère Shaolin, Shi De Chan 释德禅, ont distribué les sutras et les livres du monastère de Shaolin à chacun des moines afin qu’ils les mémorisent complètement avec la plus grande précision possible. Une fois tous mémorisés correctement, les moines les ont enterré.

Toutes ces injustices que le maitre Su Xi 素喜 a traversé lui ont enseigné quelque chose de très doux, une phrase qu’il répétait très souvent:

忍辱菠萝蜜rěn rǔ bōluómì

Traduction :
Supporter l’humiliation, (c’est comme) le jacquier

Le jacquier

Si vous faites preuve d’indulgence,  vous découvrirez que c’est comme manger le fruit le plus sucré du monde: le jacquier.

Servant d’Abbé
Au cours de sa vie au monastère de Shaolin, le maitre Su Xi 素喜 fut obligé de prendre les rennes du monastère à plusieurs reprises:
– De 1959 à 1961, au moment de la grande sécheresse
– En 1966, au moment de la révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 )
– En 1974, lorsque l’Abbé officiel Shì Xíng Zhèng 释行正 était à Pekin pour lancer le processus de rénovation du monastère de Shaolin
– Enfin de 1990 à 1999, suite aux décès des Abbés Shì Xíng Zhèng 释行正 et Shi De Chan 释德禅, il prit la tête du monastère en attendant la nomination d’un nouvel Abbé.

Être l’abbé supérieur dans de telles périodes d’agitation étaient difficiles, surtout à mesure qu’il vieillissait et devenait de plus en plus faible. Il ne pouvait pas supporter de telles responsabilités. En tant que chef du monastère, il a dû subir de nombreuses humiliations publiques pendant la Révolution culturelle. Cependant, il ne s’est jamais plaint. Il se tenait toujours droit et ne faisait que ce qu’il savait être son devoir.

La maladie
L’histoire du maitre Su Xi 素喜 est d’autant plus inspirante que, à travers tout le chaos qu’il a connu, il avait aussi à gérer une maladie physique. À l’âge de 30 ans, il a eu un accident vasculaire cérébral. Il a été diagnostiqué comme la maladie de Parkinson. En 1983, à l’âge de 60 ans, il a commencé à tomber malade, perdant du mouvement et de la coordination dans les jambes et les pieds, mais il a persisté dans sa pratique de l’art martial, et s’est même réuni avec les autres maitres (dont maitre Shi De Chan 释德禅) pour former le « Groupe de recherche et de mise en ordre des Arts Martiaux de Shaolin » (Shàolín Wǔshù Wājué Zhěnglǐ Xiǎozǔ 少林武术挖掘整理小组). En tant que chef du groupe, il a déterré et rassemblé des compétences des arts martiaux de Shaolin qui étaient perdues. Il les a ensuite compilés dans des différents livres, comme par exemple le fameux livre « Transmissions secrètes de la boxe de Shaolin » (Shàolín Quánshù Mìchuán 少林拳术秘传).

En 1987, l’abbé Shi Xing Zheng  释行正 est décédé. Six ans plus tard, en 1993, l’abbé « temporaire » Shi De Chan  释德禅 est décédé. A cette époque, le monastère Shaolin avait établi une Commission de Régulation (Chin .: Guǎnlǐ Wěiyuán Huì 管理 委员会) dont le maitre Su Xi devait mener. Cependant, dans les années 90,  son état de santé a commencé à empirer et il a dû démissionner.

Sa maladie de Parkinson avançait. Il a perdu le contrôle de son bras droit et a eu des problèmes de langage. Cependant, comme si aucun facteur externe ne pouvait affecter son esprit, il continua à vivre dans le «simple bonheur», comme son nom de moine, accueillant cette maladie agressive avec un visage souriant et traitant le monde avec tolérance, gentillesse et compassion.

Héritage
Au fil des années maitre Su Xi 素喜 a accepté énormément de personnes en tant que disciples laïques de la tradition de Shaolin. Son disciple le plus proche est Shi De Yang 释德扬.
Maitre Su Xi 素喜 souhaitait qu’il soit le nouvel abbé du monastère de Shaolin. Le gouvernement chinois en décida autrement et nomma en 1999 le très controversé Shi Yong Xin 释永信 au grand désarroi du maitre Su Xi 素喜.

Dans les premières années du 21ème siècle, maitre Su Xi 素喜 avec son fidèle disciple Shi De Yang 释德扬 et une vingtaine de moines guerriers (wǔsēng 武僧) sont partis dans la province du Fujian (Fújiànshěng 福建省) pour rétablir le monastère Shaolin du Sud à Putian (Pútián Nánshàolínsì 莆田 南少林寺). Ce monastère est devenu une deuxième maison pour le maitre Su Xi 素喜.

Pagode du maitre Su Xi

En 2002, le monastère de Shaolin lui a construit une pagode dans la forêt de pagodes de Shaolin 塔林. C’est un immense honneur pour un moine de se faire construire une pagode durant sa vie. C’était aussi la première fois que cela avait été fait dans les 200 dernières années. La pagode représente les nombreuses époques qu’il a vécues. Nous pouvons y voir des images de train, d’avion, de bateau, de voiture, de caméscope et même d’ordinateur.

Il a consacré plus de 70 ans à la protection et à la propagation de la culture traditionnelle de Shaolin, période pendant laquelle il a rétabli le monastère de Shaolin avec ses traditions culturelles.

Le 9 février 2006 du calendrier lunaire chinois (le 8 mars 2006), maitre Su Xi 素喜 est décédé à l’age de 82 ans dont 70 ans au service de Shaolin. Les mots ne peuvent exprimer l’ampleur de ses contributions pour la culture Shaolin.

Avant son décès, sentant la mort arriver, maitre Shi Su Xi demanda à l’actuel abbé de Shaolin de venir à son chevet. Shi Yong Xin 释永信 s’est immédiatement exécuté et est venu rendre visite à Shi Su Xi.  Tandis qu’il tenait la main de Yong Xin 永信, il répéta la phrase suivante jusqu’à son extinction:

« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« … »
( Shàolín shì Chán bù shì Quán 少林是禅不是权)
 
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Les 18 maitres influençant la boxe de Shaolin

Le monastère de Shaolin 少林寺 est connu pour avoir été un centre des arts martiaux. Les maitres du temple souhaitaient sans cesse enrichir leur Gong Fu 功夫, en prenant les meilleurs techniques des autres styles.

D’après les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱), dans les premières années de la dynastie des Song du Nord 北宋初年, le moine de Fu Ju 福居禅师 invita 18 artistes martiaux célèbres en Chine au temple de Shaolin 少林寺 afin de recueillir les compétences de leurs styles respectifs.

Ces maitres restèrent en moyenne deux ou trois ans et influencèrent énormément le style de la boxe Shaolin 少林拳.

Un texte très connu consigné dans les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱) nous donne le nom de ces 18 maitres ainsi que leurs styles.

Le texte est le suivant :

少林十八家武法
太祖的长拳起首       韩通的通臂为母
郑恩的缠封尤妙       温元的短拳更奇
马籍的短打最甚       黄佑的贴身靠打
孙恒的猴拳且盛       绵盛的棉拳飞疾
金相的磕手通拳       刘兴的勾搂采手
谭云的漏滚手法       孟苏的七势连拳
燕青的擒拿摔法       林冲的鸳鸯脚强
崔通的窝里炮锤       相滚的捆掠直入
王郎的螳螂总攻       怀德的摔将硬崩

Traduction:
太祖的长拳起首
En premier, la boxe longue de l’empereur Tai Zu (太祖长拳).

韩通的通臂为母
(Les techniques de) Tong Bi (通臂) du maitre Han Tong (韩通) sont considérées comme la mère (des autres styles).

郑恩的缠封尤妙
(Les techniques ) d’enroulement et fermeture (Chan Feng 缠封) du maitre Zhang En (郑恩) sont particulièrement profondes.

温元的短拳更奇
La boxe courte (Duan Quan 短拳) du maitre Wen Yuan (温元) est la plus extraordinaire.

马籍的短打最甚
(Les techniques de) corps à corps « Duan Da » (短打) du maitre Ma Ji (马籍) sont les plus extrêmes.

黄佑的贴身靠打
(Les techniques de) coller le corps pour attaquer (Tie Shen Kao Da 贴身靠打) du maitre Huang You (黄佑)

孙恒的猴拳且盛
La boxe du singe (Hou Quan 猴拳) du maitre Sun Heng (孙恒) est magnifique.

绵盛的棉拳飞疾
La boxe coton (Mian Quan 棉拳) du maitre Mian Sheng (绵盛) est rapide comme l’éclair.

金相的磕手通拳
(Les techniques de) heurter avec les mains et suivre avec les poings (Ke Shou Tong Quan 磕手通拳) du maitre Jin Xiang (金相)

刘兴的勾搂采手
(Les techniques de) crocheter (Gou 勾), d’embrasser (Lou 搂) et cueillir (Cai 采) du maitre Liu Xing (刘兴)

谭云的漏滚手法
Les techniques d’enrouler les mains (Lou Gun Shou Fa 漏滚手法) du maitre Tan Yun (谭云)

孟苏的七势连拳
La boxe des sept forces enchainées (Qi Shi Lian Quan 七势连拳) du maitre Meng Su (孟苏)

燕青的擒拿摔法
Les techniques d’immobilisation et de projection (Qin Na Shuai Fa擒拿摔法) du maitre Yan Qing (燕青)

林冲的鸳鸯脚强
(Les) puissantes (techniques de) pieds du canard mandarin du maitre Lin Chong (林冲)

崔通的窝里炮锤
(Les techniques de) frappes explosives dans les parties creuses du corps (Wo Li Pao Chui 窝里炮锤) du maitre Cui Tong (崔通)

相滚的捆掠直入
(Les techniques de) « Kun Lue Zhi Ru » (捆掠直入) du maitre Xiang Gun (相滚)

王郎的螳螂总攻
(Les techniques d’) attaque de la mante religieuse du maitre Wang Lang (王郎)

怀德的摔将硬崩
(Les techniques de) projection et d’écrasement dur  (Shuai Jiang Ying Beng 摔将硬崩) du maitre Huai De (怀德)

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Les 3 écoles ou 3 sagesses 三教

Le temple Shaolin 少林寺 est connu pour être le berceau du bouddhisme Zen (Chan 禅 en chinois). Le bouddhisme est l’un des trois principaux courants idéologiques et spirituels (les « Trois écoles » ou « Trois sagesses »  三教 sānjiào). Les trois écoles en Chine sont:
– Le taoisme 道家
– Le bouddhisme 佛家
– Le confucianisme 孔家

Ces trois écoles ne sont pas des religions au sens occidentale du terme. Il n’existe pas de caractère chinois correspondant à l’idée occidentale de religion au sens de « croyance fondée sur un Dieu créateur et transmise par un Livre révélé ».
Les chinois utilisent le terme de jiào signifiant « enseignement »… très éloigné de l’idée de religion.

Le temple de Shaolin est situé près de Deng Feng 登封 dans la chaine montagneuse Song 嵩山. Cette région a été particulièrement influencée par les 3 écoles.

En effet, nous pouvons retrouver un des premiers monastère bouddhiste de Chine: le monastère Da Fa Wang  大法王寺 sur le mont Tai Shi 太室山.
Il y également un des plus ancien temple taoiste de Chine: le temple Zhong Yue 中岳庙
Enfin, une école de recherche très connue au pied du mont Song, Song Yang Shu Yuan 嵩阳书院 représentant l’école Confucianisme.

Ces 3 lieux de culte sont les plus connus mais il en existe beaucoup d’autres dans la région de Shaolin.

Au sein du temple shaolin, il y a une stèle très connue avec le dessin de l’unification des 3 enseignements (ou 3 sagesses) 三教图.

Stèle San Jiao Tuan三教图

Ce dessin représente un moine bouddhiste. Plus exactement le visage du moine représente le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼). Si nous regardons attentivement, nous pouvons voir que ce visage est composé par deux personnages :

  • La partie gauche du visage correspond à Confucius, reconnaissable à son chapeau (et donc au Confucianisme).
  • La partie droite du visage correspond à Lao Zi, reconnaissable également à son chapeau (et donc au Taoïsme).

Ce dessin représente donc l’unification des 3 enseignements :

  • Le bouddhisme avec le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)
  • Le confucianisme avec Confucius (Kong Zi 孔子)
  • Le taoïsme avec Lao Tseu (Lao Zi老子)

Sur le dessin nous voyons également une carte tenue entre les mains du moine. Cette carte s’appelle « le dessin du mélange des 9 flux principaux » (Jiǔ liú hùn yuán tú « 九流混元图 ») et correspond aux 9 courants.

Ce dessin est en forme de rond puisque dans la culture traditionnelle chinoise le «cercle» occupe un statut spécial. Pour les anciens chinois, le « rond » signifiait l’harmonie, la perfection. Du point de vue cosmologique,  le «  rond » est considéré comme l’état de départ de l’univers, il est le « million » de « racine », la source de l’aura et de la vitalité.

Nous pouvons donc constater que le temple Shaolin, malgré qu’il soit le berceau du Zen (Chan en chinois 禅), a été extrêmement influencé par les deux autres courants de pensée chinoise le différenciant, en partie, des autres temples bouddhistes.

Pour clôturer cet article, je vous propose le texte chinois suivant qui résume la vision des 3 enseignements à Shaolin:

儒门释户道相通,三教从来一祖风。
红莲白藕青荷叶,三教本来是一家。

Traduction:

儒门释户道相通
Le confucianisme (Ru 儒), le bouddhisme (释 Shi en référence à Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)) et le taoïsme (道 Tao) se nourrissent mutuellement,
三教从来一祖风。
Les 3 enseignements viennent d’un unique vent ancestral.
红莲白藕青荷叶,
Comme le lotus : la fleur rouge, la racine blanche, les feuilles vertes,
三教本来是一家。
Les 3 enseignements étaient, à l’origine, une seule et même famille.

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Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳 ou la boxe (cachée) du singe ?

Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳 ou la boxe (cachée) du singe ?

Un des styles les plus connu à l’école Shaolin s’appelle Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳. La forme la plus connue de ce style est Da Tong Bi Quan (大通臂拳). Cette forme est très connue en Chine et désormais dans le monde entier. L’article suivant est donc une présentation de ce style particulier de Shaolin.

Histoire du style:
L’origine de cette boxe peut remonter à la dynastie Yuan (Yuan Chao 元朝). A cette époque le moine Jue Yuan 觉远 était un des meilleurs élèves du temple de Shaolin, il était très sérieux et très travailleur. Ayant soif d’apprendre et souhaitant encore s’améliorer, il demanda à son maitre s’il pouvait quitter le temple pour rechercher d’autres maitres en Chine afin d’améliorer son Gong Fu. Son maitre accepta et Jue Yuan 觉远 parta à la recherche de maitres.

Il se rendit à Lan Zhou et rencontra le maitre Li Sou 李叟. Jue Yuan 觉远 n’avait jamais rencontré un maitre si fort. Il implora Li Sou 李叟 mais ce dernier refusa Jue Yuan 觉远 comme élève. Cependant il lui présenta un autre maitre du nom de Bai Yu Feng 白玉峰 qui lui enseigna des techniques ancestrales.

De retour au temple Shaolin Jue Yuan 觉远 prit conscience du niveau exceptionnel de ces deux maitres et décida de les inviter au temple Shaolin afin d’améliorer les techniques martiales. Li Sou 李叟 et Bai Yu Feng 白玉峰 acceptèrent et vinrent au temple. Bai Yu Feng 白玉峰 créa ainsi la boxe des 5 animaux et avec l’aide de Li Sou 李叟 et Jue Yuan 觉远 développèrent les techniques du temple Shaolin et créant, en autre, le tong bi quan de Shaolin sur la base de la boxe du singe (Hou Quan) et de la boxe Hong (Hong Quan).

Explication du nom:
Lors de ma formation au temple de Da Fa Wang 大法王寺, mon entraîneur m’a dit que le style s’appelle Tong Bi Quan. Il m’a expliqué que ce style est le seul style imitatif (Xiang Xing Quan象形拳) qui n’a pas de mouvement « imitatif » à proprement parlé. Il s’inspire de l’esprit et des techniques de bras du singe. Le nom est composé de Tong « 通 » qui, dans ce cas, est utilisé comme adjectif comme l’expression chinoise Tong Tong « 通通 »  et qui signifie « tout entier », « complètement », « totalement ». Le caractère Bi « 臂 », lui, veut dire « bras ». Ce caractère peut être également prononcé Bei dans certaines campagnes chinoises (mais ce prononce Bi en mandarin « officiel »). Nous pouvons donc traduire le style par « la boxe qui utilise totalement les bras ». Le nom prend donc tout son sens lorsque l’on sait qu’il fut créé sur la base des mouvements des bras du singe.
A Shaolin, le style est également nommé « Tong Bi Xing Hou Quan通臂形猴拳 » qui peut se traduire par « la boxe qui utilise totalement les bras du Singe ».

Dans le style actuel pratiqué à Shaolin, nous pouvons le séparer en 2 : celui du pavillon du Nord et celui du pavillon du Sud (Nan Yuan 南院).

L’ancien abbé de Shaolin, Shi Su Xi (释素喜), était expert dans ce style et un des seules à connaître le style du pavillon du Sud. Après avoir transmis son savoir à plusieurs de ces disciples on peut retrouver le style Tong Bi du sud dans quasiment toutes les écoles de DengFeng.

Dans chaque style, les formes sont classées de deux manières : petite (Xiao 小) et grande (Da 大). Et dans chaque classification, il existe plusieurs formes: forme 1(Yi Lu 一路), forme 2 (Er Lu 二路), etc

Schéma récapitulatif :
-Style du Nord Tong Bi Quan (少林通臂拳):
=> Forme Xiao Tong Bi Quan (少林小通臂拳)
-> Yi Lu Xiao Tong Bi Quan (一路小通臂拳)
-> Er Lu Xiao Tong Bi Quan (二路小通臂拳)
-> etc
=> Forme Da Tong Bi Quan (少林大通臂拳)
-> Yi Lu Da Tong Bi Quan (一路大通臂拳)
-> Er Lu Da Tong Bi Quan (二路大通臂拳)
-> etc

-Style du Sud Nan Yuan Tong Bi Quan (少林南院通臂拳):
=> Forme Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (少林南院小通臂拳)
-> Yi Lu Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (一路南院小通臂拳)
-> Er Lu Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (二路南院小通臂拳)
-> etc
=> Forme Nan Yuan Da Tong Bi Quan (少林南院大通臂拳)
-> Yi Lu Nan Yuan Da Tong Bi Quan (一路南院大通臂拳)
-> Er Lu Nan Yuan Da Tong Bi Quan (二路南院大通臂拳)
-> etc

La première forme Xiao Tong Bi Quan (少林一路小通臂拳) par le maitre Shi Yan Xv:

Les 3 formes Xiao Tong Bi Quan par le maitre Shi De Yang:

La première forme Da Tong Bi Quan par le maitre Shi De Cheng:

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Shaolin Luohan Shi Ba Shou – Le style des 18 mains de Luohan de Shaolin 少林罗汉十八手

Shaolin Luohan Shi Ba Shou 少林罗汉十八手 Les 18 mains de Luohan de Shaolin

D’après les manuscrits de Shaolin « shaolin quan pu 少林拳谱 », le style des 18 mains de Luohan est l’ancêtre des boxes de Shaolin. Son origine n’est pas très clair. La légende dit qu’il a été créé pour contrer les pilleurs du Temple, très nombreux à l’époque. Il possédait 18 techniques.


Jusqu’à la dynastie Tang  唐朝 (618-907), les 18 techniques des 18 mains de luohan ont été améliorées pour atteindre 36 techniques.

Dans les dynasties Jin 金朝 et Yuan 元朝 (1115 – 1368), le moine Jue Yuan invita Li Sou, et Bai Yu Fen 白玉峰 au Temple Shaolin. Avec l’aide de ces 2 maitres, Jue Yuan développa le style de 36 techniques à 173 techniques, l’aidant a créer la boxe des 5 animaux.

Dans la dynastie Ming 明朝 (1368 – 1644), la culture bouddhiste chinoise évolua, les icones bouddhistes (Luohan) passèrent de 16 à 18, motivant ainsi les moines à développer le style pour atteindre 18 taolus.

Son style est tranchant, puissant et précis. Ses mouvements rapides ne laissent pas de répit à l’adversaire. Comme le dit un grimoire de Shaolin ( Quan pu ge – le chant du style) :

 少林罗汉十八手, 天下功夫弟一路
十八手有十八势,  招招神威鬼神愁

Traduction:
少林罗汉十八手,
« Shao lin luo han shi ba shou »

天 下 功 夫 弟 一 路
« Tian xia gong fu di yi lu »
la première forme sous le ciel

十八手有十八势
« Shi ba shou you shi ba shi »
les taolus “shi ba shou” (du style) ont 18 techniques

招招神威鬼神愁
« Zhao zhao shen wei gui shen chou »
Chacune renverse les divins et les diables

Ce style est composé au total de 18 taolus, chaque taolu est composé de 18 techniques, donnant un total de 324 techniques.

Chaque forme a sa particularité et un travail bien spécifique.

Il ne reste aujourd’hui que 9 taolus, les 9 autres ont été perdus.

Ce style se base sur des mouvements spécifiques de jambes, de marches, de sauts, de travail au sol avec des prises caractéristiques des mains. La variété des prises renforce les mains, les poignets et les bras.

La forme la plus connue et la plus répandue du style est la 9ème 九路罗汉十八手.

Nous voyons également depuis quelques années de plus en plus la première forme du style  一路罗汉十八手

Une vidéo de la 8ème forme est également disponible (connue sous le nom de Xian Tian Luo Han Shi Ba Shou 先天罗汉十八手)

Malgré tout, l’accès à l’ensemble du style reste assez confidentiel.

* Luohan (ou arhat en sanscrit) signifie « méritant » ou « vénérable », il désigne à l’origine les disciples du Bouddha et par extension tout personnage garant et protecteur de la Loi.

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L’histoire de la création du temple Shaolin 少林寺

L’histoire qui suit m’a été conté par maitre Shi Heng Jun 释恒君, elle relève plus de la légende que de faits historiques. Vous pouvez retrouver cette histoire dans différents livres chinois, elle est relativement connue:

Pendant le règne de l’empereur Xiao Wen 孝文, un géomancien, un propriétaire et un moine du nom de Ba Tuo 跋陀 traversèrent le mont Song 嵩山 dans la province chinoise du He Nan 河南省. Le brouillard épais les empêchait de se voir.

Tout à coup, ils semblaient entendre des voix. En regardant vers le ciel, ils pouvaient voir faiblement parmi les nuages un temple avec les mots « 竹林寺Temple de Zhu Lin » (temple de la forêt de bambou) inscrits sur l’entrée du temple. Un jeune moine et un moine âgé étaient face à ce temple.

Le jeune moine dit : « Maitre, au paradis, nous avons le temple Zhu Lin, qu’est-ce qu’il y a sur terre ? »

Le vieux maitre répondit : « Au paradis, Zhu Lin 竹林, sur terre, Shao Lin 少林 »

Le jeune moine rétorqua : « Le temple Shaolin ? Où est-il ? »

Le vieux maitre pointa vers le mont Shao shi. Un temple apparu avec les mots Shao Lin Si 少林寺 (temple de Shaolin) inscrits sur son entrée.

Le géomancien, le propriétaire et le moine, tous furent étonnés car il n’y avait pas de temple sur le mont Shao 少室山.

L’apparition disparut lentement en même temps que le brouillard s’estompait.

Les 3 personnages descendirent de la montagne Shao 少室山 et trouvèrent tous un lieu différent pour passer la nuit. Les 3 eurent la même conclusion, leur vision de Shaolin était une vision divine et ils devaient retrouver ce lieu béni.

Le propriétaire se disait alors « Construire une villa luxueuse assurera ma prospérité future. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété lorsque le jour se lèvera. Mais d’abord, il est temps de dormir ! »

Le géomancien réfléchissait « Si je déplace mes cendres ici, mes descendants prospéreront sûrement. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété à la première lumière du jour »

Le moine se disait quant à lui « Ce serait merveilleux si je construisais un temple ici et transformerai le mirage en réalité. Le mieux n’est de ne pas attendre, je vais rechercher le lieu maintenant afin de mettre en jeu ma demande de propriété ».
Sans attendre le moine parcourra le mont Shao 少室山 à la recherche du lieu de la vision.
Après quelques heures de marche, il le trouva et décida d’enterrer ses chaussures à cet endroit précis, au milieu de la forêt en contre bas du mont Shao 少室山. Le moine repartit alors se reposer.

Le géomancien, dès l’aube, parcourra à son tour le mont Shao 少室山. Il découvrit le lieu de la vision et décida d’y planter son bâton de marche avec son nom gravé dessus.
Il le planta exactement au même endroit où le moine enterra ses chaussures, les transperçant. Il repartit également se reposer.

Enfin le propriétaire, dans la matinée, décida à son tour de parcourir le mont Shao 少室山. Après plusieurs kilomètres, il trouva le lieu. Voulant se souvenir du lieu, il déposa son chapeau sur le bâton planté par le géomancien. Il retourna au village pour se reposer.

Trois jours plus tard, les 3 protagonistes se retrouvèrent sur le lieu. Le géomancien et le propriétaire se disputaient pour la propriété du terrain. Ba Tuo 跋陀 les regardait, un peu gêné lorsque l’empereur Xiao Wen 孝文 arriva sur les lieux pour essayer de mettre fin au conflit.

Le propriétaire se précipita vers l’empereur Xiao Wen 孝文: « Majesté, regardez, c’est mon chapeau, je l’ai mis sur ce bâton pour mettre en jeu ma demande de propriété ».

Le géomancien rétorqua non sans malice: « Majesté, ce bâton est celui que j’ai planté pour mettre en jeu ma demande de propriété. Regardez, mon nom est gravé dessus ».

Enfin, Ba Tuo 跋陀 creusa sans dire un mot. Des chaussures apparurent, transpercées par le bâton: « Majesté, ce sont mes chaussures ».

C’est ainsi que l’empereur Xiao Wen 孝文 donna la propriété au moine Ba Tuo 跋陀 afin d’y construire un temple. L’empereur s’exclama: « Le temple se trouve au milieu de la forêt au pied du mont Shao, il s’appellera donc le temple Shao Lin 少林寺 » (voir explication).

Le temple Shaolin 少林寺

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Ba Tuo 跋陀, le fondateur du temple Shaolin

Ba Tuo 跋陀 était un moine bouddhiste Indien. Il a commencé à étudier le bouddhisme à un âge précoce. Après une longue période d’étude, il a décidé de voyager. En quittant l’Inde, il est venu en Chine au V siècle, où il a été bien accueilli par l’empereur Xiao Wen 孝文 de la dynastie des Wei du Nord (北魏太和  386 – 534).

Afin d’honorer Ba Tuo 跋陀, l’empereur Xiao Wen 孝文 décida de lui faire construire un monastère. Ba Tuo 跋陀 décida de construire le monastère sur le mont Shao 少室山 de la chaine de montagne Song 嵩山 car, d’après la légende, il estimait que la montagne ressemblait à un lotus, qui est une fleur de bon augure dans le bouddhisme.

Ba Tuo 跋陀

Il est devenu le chef de la communauté bouddhiste, et avait plus de 100 adeptes au moment de la création du temple de Shaolin. ar conséquent, Ba Tuo 跋陀 est devenu le fondateur et le premier abbé du temple Shaolin 少林寺.

Ba Tuo 跋陀  était également connu sous le nom de Fo Tuo 佛陀.

Pendant son séjour, il a traduit les écritures bouddhistes du sanskrit au chinois classique. Il a terminé la traduction de plusieurs Sutra dont celui du Lotus (Miao Fa Lian Hua Jing 妙法蓮華經) et le sutra Vimalakirti (Wei Mo Jing 維摩).

Deux de ses disciples les plus importants étaient Hui Guang 慧光  et Seng Chou 僧 稠 qui ont été aussi bien instruit dans les arts martiaux que dans le bouddhisme Chan 禅.

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