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Le dernier des grands maitres de Shaolin – Shi Su Xi 释素喜

Shi Su Xi 释素喜

Cet article a pour but de vous présenter l’un des derniers grands maitres de Shaolin:  Shi Su Xi 释素喜. Il a été le dernier moine à entrer dans le temple avant la Libération (jiě fàng 解放 – se référant à la victoire des communistes sur les nationalistes en 1949), il est un des liens avec les enseignements des maîtres de la dynastie Qing 清朝 de Shaolin.

 

Petite enfance
Shi Su Xi 释素喜 est né le 27 septembre 1924 du calendrier lunaire chinois sous le nom de Geng Jin Zhu 耿金柱 dans une famille paysanne très pauvre qui vivait dans un petit village en dehors de Dengfeng 登封 dans la province  du Henan en Chine 河南省, non loin du monastère de Shaolin 少林寺.

Shi Su Xi 释素喜

Six mois après sa naissance, sa mère est décédée. Il a été élevé par son père, vendeur de livres qui entretenait de très bonnes relations avec les moines de Shaolin et recevait souvent de l’aide de ceux-ci en cas de besoin. Cependant, lorsque Geng Jin Zhu avait 11 ans, un hiver terrible tua son père (il a été retrouvé mort, gelé dans une hutte d’herbe). Par la suite, Geng Jin Zhu a rejoint ses cousins ​​alors qu’ils étaient en train de mendier de la nourriture. Souvent intimidés et humiliés, ils n’avaient pas d’autre choix.

A cette époque, il y avait un maître au monastère de Shaolin qui s’appelait Shi Zhen Xu 释贞绪. Plusieurs villageois, qui connaissaient la situation de Geng Jin Zhu, ont raconté son histoire au maître. Après quoi, le maitre pris du papier et un pinceau et laissa la note suivante pour le jeune garçon:

家寒志凌云
顿悟疾复春
胸装十万生
成佛在少林

Traduction:
家寒志凌云jiā hán zhì líng yún
(Malgré) votre famille pauvre, vous avez des ambitions aussi haut que le ciel
顿悟疾复春 – dùn wù jí fù chūn

Dans un moment d’illumination soudaine, votre maladie disparaitra.
胸装十万生 xiōng zhuāng shí wàn shēng
La poitrine (le coeur)  remplie de milliers d’existences
成佛在少林 – chéng fó zài shàolín
Tu deviendras un Bouddha à Shaolin.

 

Geng Jin Zhu, après avoir lu le message du maitre, se rendit au monastère de Shaolin à la recherche de ce dernier. À son arrivée, il trouva le maître Zhen Xu 贞绪 qui attendait dans la salle des invités. Il découvrit alors accroché sur le mur de gauche le poème suivant:

暴风雨袭十七年
恶魔鬼怪祸人间
碧殿毁于军阀火
众僧恨怒法无缘

Traduction:
暴风雨袭十七年 – bào fēng yǔ xí shí qī nián
Les tempêtes de pluie ont attaqué la 17ème année,
恶魔鬼怪祸人间 –  è mó guǐ guài huò rén jiān
Les démons et les fantômes ont fait des ravages sur le monde,
碧殿毁于军阀火 bì diàn huǐ yú jūn fá huǒ
Les splendides salles ont été détruites par le feu du seigneur de guerre,
众僧恨怒法无缘zhòng sēng hèn nù fǎ wú yuán
Tous les moines étaient exaspérés, la place pour la pratique du dharma   a été perdue.

 

shiyousan 石友三

Ce poème fait référence à l’incendie du monastère de Shaolin par le seigneur de guerre Shi You San 石友三 en 1928 (17ème année de la République de Chine) .

Le maître Zhen Xu 贞绪 voyant Geng Jin Zhu lire ce poème en profita pour le tester. Il lui demanda de créer un poème de quatre lignes en réponse à ce dernier. Geng Jin Zhu  s’exclama immédiatement:

净土污染魔作怪
善恶报应迟早来
野火不毁真禅宗
明年群殿更光彩

Traduction:
净土污染魔作怪 – jìng tǔ wūrǎn mó zuò guài
La Terre Pure a été piétinée et polluée par les démons,
善恶报应迟早来shàn è bào yìng chí zǎo lái
Les bonnes ou mauvaises rétributions viendront tôt ou tard,
野火不毁真禅宗yě huǒ bù huǐ zhēn Chán zōng
Un incendie sauvage ne peut pas détruire le vrai Chan 禅 (Zen),
明年群殿更光彩míng nián qún diàn gèng guâng cǎi
Les salles du monastère seront encore plus brillantes l’année prochaine.

 

Maître Zhen Xu 贞绪 fut étonné des paroles du jeune garçon et l’accepta dans le monastère.

 

Ordination

A l’age de 11ans, le jeune Geng Jin Zhu avait déjà perdu ses deux parents et était un mendiant. Pourtant, à cause de la dévotion bouddhiste de ses parents et une relation étroite avec les moines de Shaolin qui ont aimablement aidé sa famille, il avait une foi précoce dans le bouddhisme. Naturellement, le monastère Shaolin fut sa destiné.

Il est entré dans le temple en 1936 à l’âge de douze ans. Maître Zhen Xu 贞绪 l’ordonna plus tard comme un jeune moine novice 小沙弥 (xiǎoshāmí ) dans le monastère et lui donna son nom de moine: Shì Sù Xǐ 释素喜 que nous pouvons traduire par « toujours heureux ». Il représenta ainsi la 30ème génération de Shaolin.

Le monastère Da Xing Shan dans la ville de Xi An

En 1942, à l’âge de 18 ans, il a été envoyé à la ville de Xian 西安 dans la province de Shanxi 陕西 pour recevoir les préceptes 具足戒 au monastère Da Xing Shan 大兴善寺. Après avoir été entièrement ordonné, il est retourné au monastère de Shaolin pour continuer son étude et sa pratique bouddhiste.

Les arts martiaux de Shaolin
À ce moment-là, il était de son devoir de couper du bois, d’aller chercher de l’eau et d’accomplir diverses tâches autour du monastère.
Maître Zhen Xu 贞绪 regardait le jeune Su Xi travailler tous les jours. Il a remarqué la patience naturelle qu’il avait lors de l’accomplissement de chaque tâche, ainsi que sa bonne conduite, et le respect des autres. Là-dessus, il a décidé de commencer à lui enseigner les compétences martiales de Shaolin  少林武功. En fait, beaucoup de moines de Shaolin l’aimaient tellement qu’ils souhaitaient tous avoir la chance de lui transmettre leur savoir.

Le maitre Su Xi 素喜 devint une encyclopédie vivante des arts martiaux de Shaolin des maîtres de la dynastie Qing 清朝. Ses connaissances comprenaient aussi bien les techniques à mains que celles avec armes, mais également des arts plus confidentiel de Shaolin, tels que les points vitaux 点穴. Il fut aussi le dernier moine des générations plus âgées à maîtriser le maniement des chapelets bouddhiste (luó hàn fó zhū gōng 罗汉佛珠功). Sa grande détermination dans l’étude et la pratique au cours des décennies lui a valu le surnom de « Roi de la boxe de Shaolin »  少林拳王.

Entre 1960 et 1962, le maitre Su Xi 素喜 était l’étudiant bouddhiste numéro un en Chine et a été choisi pour être envoyé à Pékin pour l’éducation formelle au Collège bouddhiste de Pékin 北京佛学院. Après l’obtention du diplôme, il est retourné au monastère de Shaolin où il est devenu le maître référent des arts martiaux de Shaolin 武功教头. Pendant tout ce temps, il avait soif de connaissances pour développer davantage les arts martiaux de Shaolin. Il invita de nombreux maîtres chinois 拳师 de différents styles pour partager leurs compétences afin de développer et diffuser la culture Shaolin.

Aucun obstacle n’a jamais entravé sa pratique. En ce qui concerne la formation traditionnelle, il disait:

习武德为先
不怕先挨打
笑脸迎人欺
良师介武德
苦恒出高手

Traduction :
习武德为先 – xí wǔ dé wéi xiān
Pratiques d’abord la vertu
不怕先挨打 – bù pà xiān ái dǎ
N’es pas peur d’être attaqué
笑脸迎人欺 – xiào liǎn yíng rén qī
Accueilles ton adversaire avec le sourire
良师介武德 – liáng shi jiè wǔ dé
Un bon maître introduit la vertu
苦恒出高手 – kǔ héng chū gāo shǒu
L’amertume (la difficulté) et la persévérance sort toujours des hautes mains (grands maitres)

Préserver la culture de Shaolin
Entre les années 1959 et 1961, Dengfeng 登封 a connu une sécheresse de trois ans. Comme il n’y avait plus rien à manger, beaucoup de moines retournèrent à la vie laïque. Seulement le maitre Su Xi 素喜 et 16 autres moines sont restés pour surveiller le monastère.

Pendant la période de la Révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 – 1966-1976), de nombreux gardes rouges (Hóng Wèi Bīng 红卫兵) sont venus détruire les statues bouddhistes du monastère et brûler les sutras. Le maitre Su Xi 素喜 était considéré comme un grand propriétaire foncier (Dà Dì Zhǔ 大地主), et fut ainsi retiré presque chaque jour pour subir la critique publique et l’humiliation (Pī Dòu 批斗) de la part des gardes rouges pour ses « crimes ».

Shi Su Xi, Shi De Chan, Shi Su Yun

Pendant ce temps, il y avait beaucoup de jeunes enfants qui venaient dans le monastère et jouaient autour, endommageant les peintures murales et les statues avec des pierres et des bâtons. Le maitre Su Xi 素喜 a couvert les murs et les statues avec son corps pour les protéger.

Par la suite, certaines personnes lui ont demandé pourquoi il n’utilisait pas sa capacité martiale pour résister ou menacer les gardes rouges et les enfants. Il répondit:
« 1 – ce sont des enfants et ils ne sont pas raisonnables, 2 – notre art martial est utilisé pour fortifier le corps et pour rester en bonne santé, pour développer la vertu et discipliner le mal .. 3 – un bouddhiste doit traiter les gens avec tolérance. »

Shi De Chan 释德禅

Afin de protéger les reliques culturelles contre de futurs dommages , le maitre Su Xi 素喜 avec l’abbé du monastère Shaolin, Shi De Chan 释德禅, ont distribué les sutras et les livres du monastère de Shaolin à chacun des moines afin qu’ils les mémorisent complètement avec la plus grande précision possible. Une fois tous mémorisés correctement, les moines les ont enterré.

Toutes ces injustices que le maitre Su Xi 素喜 a traversé lui ont enseigné quelque chose de très doux, une phrase qu’il répétait très souvent:

忍辱菠萝蜜rěn rǔ bōluómì

Traduction :
Supporter l’humiliation, (c’est comme) le jacquier

Le jacquier

Si vous faites preuve d’indulgence,  vous découvrirez que c’est comme manger le fruit le plus sucré du monde: le jacquier.

Servant d’Abbé
Au cours de sa vie au monastère de Shaolin, le maitre Su Xi 素喜 fut obligé de prendre les rennes du monastère à plusieurs reprises:
– De 1959 à 1961, au moment de la grande sécheresse
– En 1966, au moment de la révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 )
– En 1974, lorsque l’Abbé officiel Shì Xíng Zhèng 释行正 était à Pekin pour lancer le processus de rénovation du monastère de Shaolin
– Enfin de 1990 à 1999, suite aux décès des Abbés Shì Xíng Zhèng 释行正 et Shi De Chan 释德禅, il prit la tête du monastère en attendant la nomination d’un nouvel Abbé.

Être l’abbé supérieur dans de telles périodes d’agitation étaient difficiles, surtout à mesure qu’il vieillissait et devenait de plus en plus faible. Il ne pouvait pas supporter de telles responsabilités. En tant que chef du monastère, il a dû subir de nombreuses humiliations publiques pendant la Révolution culturelle. Cependant, il ne s’est jamais plaint. Il se tenait toujours droit et ne faisait que ce qu’il savait être son devoir.

La maladie
L’histoire du maitre Su Xi 素喜 est d’autant plus inspirante que, à travers tout le chaos qu’il a connu, il avait aussi à gérer une maladie physique. À l’âge de 30 ans, il a eu un accident vasculaire cérébral. Il a été diagnostiqué comme la maladie de Parkinson. En 1983, à l’âge de 60 ans, il a commencé à tomber malade, perdant du mouvement et de la coordination dans les jambes et les pieds, mais il a persisté dans sa pratique de l’art martial, et s’est même réuni avec les autres maitres (dont maitre Shi De Chan 释德禅) pour former le « Groupe de recherche et de mise en ordre des Arts Martiaux de Shaolin » (Shàolín Wǔshù Wājué Zhěnglǐ Xiǎozǔ 少林武术挖掘整理小组). En tant que chef du groupe, il a déterré et rassemblé des compétences des arts martiaux de Shaolin qui étaient perdues. Il les a ensuite compilés dans des différents livres, comme par exemple le fameux livre « Transmissions secrètes de la boxe de Shaolin » (Shàolín Quánshù Mìchuán 少林拳术秘传).

En 1987, l’abbé Shi Xing Zheng  释行正 est décédé. Six ans plus tard, en 1993, l’abbé « temporaire » Shi De Chan  释德禅 est décédé. A cette époque, le monastère Shaolin avait établi une Commission de Régulation (Chin .: Guǎnlǐ Wěiyuán Huì 管理 委员会) dont le maitre Su Xi devait mener. Cependant, dans les années 90,  son état de santé a commencé à empirer et il a dû démissionner.

Sa maladie de Parkinson avançait. Il a perdu le contrôle de son bras droit et a eu des problèmes de langage. Cependant, comme si aucun facteur externe ne pouvait affecter son esprit, il continua à vivre dans le «simple bonheur», comme son nom de moine, accueillant cette maladie agressive avec un visage souriant et traitant le monde avec tolérance, gentillesse et compassion.

Héritage
Au fil des années maitre Su Xi 素喜 a accepté énormément de personnes en tant que disciples laïques de la tradition de Shaolin. Son disciple le plus proche est Shi De Yang 释德扬.
Maitre Su Xi 素喜 souhaitait qu’il soit le nouvel abbé du monastère de Shaolin. Le gouvernement chinois en décida autrement et nomma en 1999 le très controversé Shi Yong Xin 释永信 au grand désarroi du maitre Su Xi 素喜.

Dans les premières années du 21ème siècle, maitre Su Xi 素喜 avec son fidèle disciple Shi De Yang 释德扬 et une vingtaine de moines guerriers (wǔsēng 武僧) sont partis dans la province du Fujian (Fújiànshěng 福建省) pour rétablir le monastère Shaolin du Sud à Putian (Pútián Nánshàolínsì 莆田 南少林寺). Ce monastère est devenu une deuxième maison pour le maitre Su Xi 素喜.

Pagode du maitre Su Xi

En 2002, le monastère de Shaolin lui a construit une pagode dans la forêt de pagodes de Shaolin 塔林. C’est un immense honneur pour un moine de se faire construire une pagode durant sa vie. C’était aussi la première fois que cela avait été fait dans les 200 dernières années. La pagode représente les nombreuses époques qu’il a vécues. Nous pouvons y voir des images de train, d’avion, de bateau, de voiture, de caméscope et même d’ordinateur.

Il a consacré plus de 70 ans à la protection et à la propagation de la culture traditionnelle de Shaolin, période pendant laquelle il a rétabli le monastère de Shaolin avec ses traditions culturelles.

Le 9 février 2006 du calendrier lunaire chinois (le 8 mars 2006), maitre Su Xi 素喜 est décédé à l’age de 82 ans dont 70 ans au service de Shaolin. Les mots ne peuvent exprimer l’ampleur de ses contributions pour la culture Shaolin.

Avant son décès, sentant la mort arriver, maitre Shi Su Xi demanda à l’actuel abbé de Shaolin de venir à son chevet. Shi Yong Xin 释永信 s’est immédiatement exécuté et est venu rendre visite à Shi Su Xi.  Tandis qu’il tenait la main de Yong Xin 永信, il répéta la phrase suivante jusqu’à son extinction:

« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« … »
( Shàolín shì Chán bù shì Quán 少林是禅不是权)
 
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Les 18 maitres influençant la boxe de Shaolin

Le monastère de Shaolin 少林寺 est connu pour avoir été un centre des arts martiaux. Les maitres du temple souhaitaient sans cesse enrichir leur Gong Fu 功夫, en prenant les meilleurs techniques des autres styles.

D’après les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱), dans les premières années de la dynastie des Song du Nord 北宋初年, le moine de Fu Ju 福居禅师 invita 18 artistes martiaux célèbres en Chine au temple de Shaolin 少林寺 afin de recueillir les compétences de leurs styles respectifs.

Ces maitres restèrent en moyenne deux ou trois ans et influencèrent énormément le style de la boxe Shaolin 少林拳.

Un texte très connu consigné dans les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱) nous donne le nom de ces 18 maitres ainsi que leurs styles.

Le texte est le suivant :

少林十八家武法
太祖的长拳起首       韩通的通臂为母
郑恩的缠封尤妙       温元的短拳更奇
马籍的短打最甚       黄佑的贴身靠打
孙恒的猴拳且盛       绵盛的棉拳飞疾
金相的磕手通拳       刘兴的勾搂采手
谭云的漏滚手法       孟苏的七势连拳
燕青的擒拿摔法       林冲的鸳鸯脚强
崔通的窝里炮锤       相滚的捆掠直入
王郎的螳螂总攻       怀德的摔将硬崩

Traduction:
太祖的长拳起首
En premier, la boxe longue de l’empereur Tai Zu (太祖长拳).

韩通的通臂为母
(Les techniques de) Tong Bi (通臂) du maitre Han Tong (韩通) sont considérées comme la mère (des autres styles).

郑恩的缠封尤妙
(Les techniques ) d’enroulement et fermeture (Chan Feng 缠封) du maitre Zhang En (郑恩) sont particulièrement profondes.

温元的短拳更奇
La boxe courte (Duan Quan 短拳) du maitre Wen Yuan (温元) est la plus extraordinaire.

马籍的短打最甚
(Les techniques de) corps à corps « Duan Da » (短打) du maitre Ma Ji (马籍) sont les plus extrêmes.

黄佑的贴身靠打
(Les techniques de) coller le corps pour attaquer (Tie Shen Kao Da 贴身靠打) du maitre Huang You (黄佑)

孙恒的猴拳且盛
La boxe du singe (Hou Quan 猴拳) du maitre Sun Heng (孙恒) est magnifique.

绵盛的棉拳飞疾
La boxe coton (Mian Quan 棉拳) du maitre Mian Sheng (绵盛) est rapide comme l’éclair.

金相的磕手通拳
(Les techniques de) heurter avec les mains et suivre avec les poings (Ke Shou Tong Quan 磕手通拳) du maitre Jin Xiang (金相)

刘兴的勾搂采手
(Les techniques de) crocheter (Gou 勾), d’embrasser (Lou 搂) et cueillir (Cai 采) du maitre Liu Xing (刘兴)

谭云的漏滚手法
Les techniques d’enrouler les mains (Lou Gun Shou Fa 漏滚手法) du maitre Tan Yun (谭云)

孟苏的七势连拳
La boxe des sept forces enchainées (Qi Shi Lian Quan 七势连拳) du maitre Meng Su (孟苏)

燕青的擒拿摔法
Les techniques d’immobilisation et de projection (Qin Na Shuai Fa擒拿摔法) du maitre Yan Qing (燕青)

林冲的鸳鸯脚强
(Les) puissantes (techniques de) pieds du canard mandarin du maitre Lin Chong (林冲)

崔通的窝里炮锤
(Les techniques de) frappes explosives dans les parties creuses du corps (Wo Li Pao Chui 窝里炮锤) du maitre Cui Tong (崔通)

相滚的捆掠直入
(Les techniques de) « Kun Lue Zhi Ru » (捆掠直入) du maitre Xiang Gun (相滚)

王郎的螳螂总攻
(Les techniques d’) attaque de la mante religieuse du maitre Wang Lang (王郎)

怀德的摔将硬崩
(Les techniques de) projection et d’écrasement dur  (Shuai Jiang Ying Beng 摔将硬崩) du maitre Huai De (怀德)

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Les 3 écoles ou 3 sagesses 三教

Le temple Shaolin 少林寺 est connu pour être le berceau du bouddhisme Zen (Chan 禅 en chinois). Le bouddhisme est l’un des trois principaux courants idéologiques et spirituels (les « Trois écoles » ou « Trois sagesses »  三教 sānjiào). Les trois écoles en Chine sont:
– Le taoisme 道家
– Le bouddhisme 佛家
– Le confucianisme 孔家

Ces trois écoles ne sont pas des religions au sens occidentale du terme. Il n’existe pas de caractère chinois correspondant à l’idée occidentale de religion au sens de « croyance fondée sur un Dieu créateur et transmise par un Livre révélé ».
Les chinois utilisent le terme de jiào signifiant « enseignement »… très éloigné de l’idée de religion.

Le temple de Shaolin est situé près de Deng Feng 登封 dans la chaine montagneuse Song 嵩山. Cette région a été particulièrement influencée par les 3 écoles.

En effet, nous pouvons retrouver un des premiers monastère bouddhiste de Chine: le monastère Da Fa Wang  大法王寺 sur le mont Tai Shi 太室山.
Il y également un des plus ancien temple taoiste de Chine: le temple Zhong Yue 中岳庙
Enfin, une école de recherche très connue au pied du mont Song, Song Yang Shu Yuan 嵩阳书院 représentant l’école Confucianisme.

Ces 3 lieux de culte sont les plus connus mais il en existe beaucoup d’autres dans la région de Shaolin.

Au sein du temple shaolin, il y a une stèle très connue avec le dessin de l’unification des 3 enseignements (ou 3 sagesses) 三教图.

Stèle San Jiao Tuan三教图

Ce dessin représente un moine bouddhiste. Plus exactement le visage du moine représente le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼). Si nous regardons attentivement, nous pouvons voir que ce visage est composé par deux personnages :

  • La partie gauche du visage correspond à Confucius, reconnaissable à son chapeau (et donc au Confucianisme).
  • La partie droite du visage correspond à Lao Zi, reconnaissable également à son chapeau (et donc au Taoïsme).

Ce dessin représente donc l’unification des 3 enseignements :

  • Le bouddhisme avec le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)
  • Le confucianisme avec Confucius (Kong Zi 孔子)
  • Le taoïsme avec Lao Tseu (Lao Zi老子)

Sur le dessin nous voyons également une carte tenue entre les mains du moine. Cette carte s’appelle « le dessin du mélange des 9 flux principaux » (Jiǔ liú hùn yuán tú « 九流混元图 ») et correspond aux 9 courants.

Ce dessin est en forme de rond puisque dans la culture traditionnelle chinoise le «cercle» occupe un statut spécial. Pour les anciens chinois, le « rond » signifiait l’harmonie, la perfection. Du point de vue cosmologique,  le «  rond » est considéré comme l’état de départ de l’univers, il est le « million » de « racine », la source de l’aura et de la vitalité.

Nous pouvons donc constater que le temple Shaolin, malgré qu’il soit le berceau du Zen (Chan en chinois 禅), a été extrêmement influencé par les deux autres courants de pensée chinoise le différenciant, en partie, des autres temples bouddhistes.

Pour clôturer cet article, je vous propose le texte chinois suivant qui résume la vision des 3 enseignements à Shaolin:

儒门释户道相通,三教从来一祖风。
红莲白藕青荷叶,三教本来是一家。

Traduction:

儒门释户道相通
Le confucianisme (Ru 儒), le bouddhisme (释 Shi en référence à Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)) et le taoïsme (道 Tao) se nourrissent mutuellement,
三教从来一祖风。
Les 3 enseignements viennent d’un unique vent ancestral.
红莲白藕青荷叶,
Comme le lotus : la fleur rouge, la racine blanche, les feuilles vertes,
三教本来是一家。
Les 3 enseignements étaient, à l’origine, une seule et même famille.

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Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳 ou la boxe (cachée) du singe ?

Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳 ou la boxe (cachée) du singe ?

Un des styles les plus connu à l’école Shaolin s’appelle Shaolin Tong Bi Quan 少林通臂拳. La forme la plus connue de ce style est Da Tong Bi Quan (大通臂拳). Cette forme est très connue en Chine et désormais dans le monde entier. L’article suivant est donc une présentation de ce style particulier de Shaolin.

Histoire du style:
L’origine de cette boxe peut remonter à la dynastie Yuan (Yuan Chao 元朝). A cette époque le moine Jue Yuan 觉远 était un des meilleurs élèves du temple de Shaolin, il était très sérieux et très travailleur. Ayant soif d’apprendre et souhaitant encore s’améliorer, il demanda à son maitre s’il pouvait quitter le temple pour rechercher d’autres maitres en Chine afin d’améliorer son Gong Fu. Son maitre accepta et Jue Yuan 觉远 parta à la recherche de maitres.

Il se rendit à Lan Zhou et rencontra le maitre Li Sou 李叟. Jue Yuan 觉远 n’avait jamais rencontré un maitre si fort. Il implora Li Sou 李叟 mais ce dernier refusa Jue Yuan 觉远 comme élève. Cependant il lui présenta un autre maitre du nom de Bai Yu Feng 白玉峰 qui lui enseigna des techniques ancestrales.

De retour au temple Shaolin Jue Yuan 觉远 prit conscience du niveau exceptionnel de ces deux maitres et décida de les inviter au temple Shaolin afin d’améliorer les techniques martiales. Li Sou 李叟 et Bai Yu Feng 白玉峰 acceptèrent et vinrent au temple. Bai Yu Feng 白玉峰 créa ainsi la boxe des 5 animaux et avec l’aide de Li Sou 李叟 et Jue Yuan 觉远 développèrent les techniques du temple Shaolin et créant, en autre, le tong bi quan de Shaolin sur la base de la boxe du singe (Hou Quan) et de la boxe Hong (Hong Quan).

Explication du nom:
Lors de ma formation au temple de Da Fa Wang 大法王寺, mon entraîneur m’a dit que le style s’appelle Tong Bi Quan. Il m’a expliqué que ce style est le seul style imitatif (Xiang Xing Quan象形拳) qui n’a pas de mouvement « imitatif » à proprement parlé. Il s’inspire de l’esprit et des techniques de bras du singe. Le nom est composé de Tong « 通 » qui, dans ce cas, est utilisé comme adjectif comme l’expression chinoise Tong Tong « 通通 »  et qui signifie « tout entier », « complètement », « totalement ». Le caractère Bi « 臂 », lui, veut dire « bras ». Ce caractère peut être également prononcé Bei dans certaines campagnes chinoises (mais ce prononce Bi en mandarin « officiel »). Nous pouvons donc traduire le style par « la boxe qui utilise totalement les bras ». Le nom prend donc tout son sens lorsque l’on sait qu’il fut créé sur la base des mouvements des bras du singe.
A Shaolin, le style est également nommé « Tong Bi Xing Hou Quan通臂形猴拳 » qui peut se traduire par « la boxe qui utilise totalement les bras du Singe ».

Dans le style actuel pratiqué à Shaolin, nous pouvons le séparer en 2 : celui du pavillon du Nord et celui du pavillon du Sud (Nan Yuan 南院).

L’ancien abbé de Shaolin, Shi Su Xi (释素喜), était expert dans ce style et un des seules à connaître le style du pavillon du Sud. Après avoir transmis son savoir à plusieurs de ces disciples on peut retrouver le style Tong Bi du sud dans quasiment toutes les écoles de DengFeng.

Dans chaque style, les formes sont classées de deux manières : petite (Xiao 小) et grande (Da 大). Et dans chaque classification, il existe plusieurs formes: forme 1(Yi Lu 一路), forme 2 (Er Lu 二路), etc

Schéma récapitulatif :
-Style du Nord Tong Bi Quan (少林通臂拳):
=> Forme Xiao Tong Bi Quan (少林小通臂拳)
-> Yi Lu Xiao Tong Bi Quan (一路小通臂拳)
-> Er Lu Xiao Tong Bi Quan (二路小通臂拳)
-> etc
=> Forme Da Tong Bi Quan (少林大通臂拳)
-> Yi Lu Da Tong Bi Quan (一路大通臂拳)
-> Er Lu Da Tong Bi Quan (二路大通臂拳)
-> etc

-Style du Sud Nan Yuan Tong Bi Quan (少林南院通臂拳):
=> Forme Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (少林南院小通臂拳)
-> Yi Lu Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (一路南院小通臂拳)
-> Er Lu Nan Yuan Xiao Tong Bi Quan (二路南院小通臂拳)
-> etc
=> Forme Nan Yuan Da Tong Bi Quan (少林南院大通臂拳)
-> Yi Lu Nan Yuan Da Tong Bi Quan (一路南院大通臂拳)
-> Er Lu Nan Yuan Da Tong Bi Quan (二路南院大通臂拳)
-> etc

La première forme Xiao Tong Bi Quan (少林一路小通臂拳) par le maitre Shi Yan Xv:

Les 3 formes Xiao Tong Bi Quan par le maitre Shi De Yang:

La première forme Da Tong Bi Quan par le maitre Shi De Cheng:

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Shaolin Luohan Shi Ba Shou – Le style des 18 mains de Luohan de Shaolin 少林罗汉十八手

Shaolin Luohan Shi Ba Shou 少林罗汉十八手 Les 18 mains de Luohan de Shaolin

D’après les manuscrits de Shaolin « shaolin quan pu 少林拳谱 », le style des 18 mains de Luohan est l’ancêtre des boxes de Shaolin. Son origine n’est pas très clair. La légende dit qu’il a été créé pour contrer les pilleurs du Temple, très nombreux à l’époque. Il possédait 18 techniques.


Jusqu’à la dynastie Tang  唐朝 (618-907), les 18 techniques des 18 mains de luohan ont été améliorées pour atteindre 36 techniques.

Dans les dynasties Jin 金朝 et Yuan 元朝 (1115 – 1368), le moine Jue Yuan invita Li Sou, et Bai Yu Fen 白玉峰 au Temple Shaolin. Avec l’aide de ces 2 maitres, Jue Yuan développa le style de 36 techniques à 173 techniques, l’aidant a créer la boxe des 5 animaux.

Dans la dynastie Ming 明朝 (1368 – 1644), la culture bouddhiste chinoise évolua, les icones bouddhistes (Luohan) passèrent de 16 à 18, motivant ainsi les moines à développer le style pour atteindre 18 taolus.

Son style est tranchant, puissant et précis. Ses mouvements rapides ne laissent pas de répit à l’adversaire. Comme le dit un grimoire de Shaolin ( Quan pu ge – le chant du style) :

 少林罗汉十八手, 天下功夫弟一路
十八手有十八势,  招招神威鬼神愁

Traduction:
少林罗汉十八手,
« Shao lin luo han shi ba shou »

天 下 功 夫 弟 一 路
« Tian xia gong fu di yi lu »
la première forme sous le ciel

十八手有十八势
« Shi ba shou you shi ba shi »
les taolus “shi ba shou” (du style) ont 18 techniques

招招神威鬼神愁
« Zhao zhao shen wei gui shen chou »
Chacune renverse les divins et les diables

Ce style est composé au total de 18 taolus, chaque taolu est composé de 18 techniques, donnant un total de 324 techniques.

Chaque forme a sa particularité et un travail bien spécifique.

Il ne reste aujourd’hui que 9 taolus, les 9 autres ont été perdus.

Ce style se base sur des mouvements spécifiques de jambes, de marches, de sauts, de travail au sol avec des prises caractéristiques des mains. La variété des prises renforce les mains, les poignets et les bras.

La forme la plus connue et la plus répandue du style est la 9ème 九路罗汉十八手.

Nous voyons également depuis quelques années de plus en plus la première forme du style  一路罗汉十八手

Une vidéo de la 8ème forme est également disponible (connue sous le nom de Xian Tian Luo Han Shi Ba Shou 先天罗汉十八手)

Malgré tout, l’accès à l’ensemble du style reste assez confidentiel.

* Luohan (ou arhat en sanscrit) signifie « méritant » ou « vénérable », il désigne à l’origine les disciples du Bouddha et par extension tout personnage garant et protecteur de la Loi.

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L’histoire de la création du temple Shaolin 少林寺

L’histoire qui suit m’a été conté par maitre Shi Heng Jun 释恒君, elle relève plus de la légende que de faits historiques. Vous pouvez retrouver cette histoire dans différents livres chinois, elle est relativement connue:

Pendant le règne de l’empereur Xiao Wen 孝文, un géomancien, un propriétaire et un moine du nom de Ba Tuo 跋陀 traversèrent le mont Song 嵩山 dans la province chinoise du He Nan 河南省. Le brouillard épais les empêchait de se voir.

Tout à coup, ils semblaient entendre des voix. En regardant vers le ciel, ils pouvaient voir faiblement parmi les nuages un temple avec les mots « 竹林寺Temple de Zhu Lin » (temple de la forêt de bambou) inscrits sur l’entrée du temple. Un jeune moine et un moine âgé étaient face à ce temple.

Le jeune moine dit : « Maitre, au paradis, nous avons le temple Zhu Lin, qu’est-ce qu’il y a sur terre ? »

Le vieux maitre répondit : « Au paradis, Zhu Lin 竹林, sur terre, Shao Lin 少林 »

Le jeune moine rétorqua : « Le temple Shaolin ? Où est-il ? »

Le vieux maitre pointa vers le mont Shao shi. Un temple apparu avec les mots Shao Lin Si 少林寺 (temple de Shaolin) inscrits sur son entrée.

Le géomancien, le propriétaire et le moine, tous furent étonnés car il n’y avait pas de temple sur le mont Shao 少室山.

L’apparition disparut lentement en même temps que le brouillard s’estompait.

Les 3 personnages descendirent de la montagne Shao 少室山 et trouvèrent tous un lieu différent pour passer la nuit. Les 3 eurent la même conclusion, leur vision de Shaolin était une vision divine et ils devaient retrouver ce lieu béni.

Le propriétaire se disait alors « Construire une villa luxueuse assurera ma prospérité future. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété lorsque le jour se lèvera. Mais d’abord, il est temps de dormir ! »

Le géomancien réfléchissait « Si je déplace mes cendres ici, mes descendants prospéreront sûrement. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété à la première lumière du jour »

Le moine se disait quant à lui « Ce serait merveilleux si je construisais un temple ici et transformerai le mirage en réalité. Le mieux n’est de ne pas attendre, je vais rechercher le lieu maintenant afin de mettre en jeu ma demande de propriété ».
Sans attendre le moine parcourra le mont Shao 少室山 à la recherche du lieu de la vision.
Après quelques heures de marche, il le trouva et décida d’enterrer ses chaussures à cet endroit précis, au milieu de la forêt en contre bas du mont Shao 少室山. Le moine repartit alors se reposer.

Le géomancien, dès l’aube, parcourra à son tour le mont Shao 少室山. Il découvrit le lieu de la vision et décida d’y planter son bâton de marche avec son nom gravé dessus.
Il le planta exactement au même endroit où le moine enterra ses chaussures, les transperçant. Il repartit également se reposer.

Enfin le propriétaire, dans la matinée, décida à son tour de parcourir le mont Shao 少室山. Après plusieurs kilomètres, il trouva le lieu. Voulant se souvenir du lieu, il déposa son chapeau sur le bâton planté par le géomancien. Il retourna au village pour se reposer.

Trois jours plus tard, les 3 protagonistes se retrouvèrent sur le lieu. Le géomancien et le propriétaire se disputaient pour la propriété du terrain. Ba Tuo 跋陀 les regardait, un peu gêné lorsque l’empereur Xiao Wen 孝文 arriva sur les lieux pour essayer de mettre fin au conflit.

Le propriétaire se précipita vers l’empereur Xiao Wen 孝文: « Majesté, regardez, c’est mon chapeau, je l’ai mis sur ce bâton pour mettre en jeu ma demande de propriété ».

Le géomancien rétorqua non sans malice: « Majesté, ce bâton est celui que j’ai planté pour mettre en jeu ma demande de propriété. Regardez, mon nom est gravé dessus ».

Enfin, Ba Tuo 跋陀 creusa sans dire un mot. Des chaussures apparurent, transpercées par le bâton: « Majesté, ce sont mes chaussures ».

C’est ainsi que l’empereur Xiao Wen 孝文 donna la propriété au moine Ba Tuo 跋陀 afin d’y construire un temple. L’empereur s’exclama: « Le temple se trouve au milieu de la forêt au pied du mont Shao, il s’appellera donc le temple Shao Lin 少林寺 » (voir explication).

Le temple Shaolin 少林寺

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Ba Tuo 跋陀, le fondateur du temple Shaolin

Ba Tuo 跋陀 était un moine bouddhiste Indien. Il a commencé à étudier le bouddhisme à un âge précoce. Après une longue période d’étude, il a décidé de voyager. En quittant l’Inde, il est venu en Chine au V siècle, où il a été bien accueilli par l’empereur Xiao Wen 孝文 de la dynastie des Wei du Nord (北魏太和  386 – 534).

Afin d’honorer Ba Tuo 跋陀, l’empereur Xiao Wen 孝文 décida de lui faire construire un monastère. Ba Tuo 跋陀 décida de construire le monastère sur le mont Shao 少室山 de la chaine de montagne Song 嵩山 car, d’après la légende, il estimait que la montagne ressemblait à un lotus, qui est une fleur de bon augure dans le bouddhisme.

Ba Tuo 跋陀

Il est devenu le chef de la communauté bouddhiste, et avait plus de 100 adeptes au moment de la création du temple de Shaolin. ar conséquent, Ba Tuo 跋陀 est devenu le fondateur et le premier abbé du temple Shaolin 少林寺.

Ba Tuo 跋陀  était également connu sous le nom de Fo Tuo 佛陀.

Pendant son séjour, il a traduit les écritures bouddhistes du sanskrit au chinois classique. Il a terminé la traduction de plusieurs Sutra dont celui du Lotus (Miao Fa Lian Hua Jing 妙法蓮華經) et le sutra Vimalakirti (Wei Mo Jing 維摩).

Deux de ses disciples les plus importants étaient Hui Guang 慧光  et Seng Chou 僧 稠 qui ont été aussi bien instruit dans les arts martiaux que dans le bouddhisme Chan 禅.

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Seng Chou 僧稠 le premier moine guerrier de Shaolin

Seng Chou 僧稠, de son nom laïque Xing Sun 姓孙 est né à Ju Lu 巨鹿 dans la province du He Bei 河北.

Seng Chou 僧稠

Il est connu pour avoir été un maitre éminent pendant la période entre la dynastie Wei du Nord (北魏太和  386 – 534) et la dynastie Qi du Nord (北齐太和 550 – 557).

Il existe plusieurs légendes sur ce personnage mais toutes s’accordent à dire qu’il fut le premier moine guerrier (Wu Seng 武僧)  du temple de Shaolin (少林寺最早的武僧).

Il a été élevé par son grand-père, certaines légendes disent que c’est son grand père qui lui enseigna les arts martiaux. D’autres donnent cet apprentissage à Ba Tuo 跋陀 qui l’accepta comme disciple et, le trouvant faible, lui enseigna les arts martiaux.

La légende dit qu’enfant, il était faible et maladif, mais avait une forte volonté.  Suite à de long et dur entrainements, il devient un expert en arts martiaux. Beaucoup  l’ont défié, mais personne ne pouvait le vaincre.

Une légende bien connue dit que Seng Chou 僧稠 voyant deux tigres se battant, les sépara d’un grand coup de bâton puissant.

Seng Chou 僧稠 séparant les 2 tigres

Seng Chou 僧稠 a également pratiqué le Gong Fu de la légèreté (轻功 Qing Gong). La légende dit qu’il pouvait courir sur la cime des arbres. Il est d’ailleurs souvent représenté ainsi.
Le texte suivant dit à son sujet:

跃首至梁,引重千钧
拳捷骁勇,动骇物听

Traduction:
« 跃首至梁,
Bondissait jusqu’à la cime,
引重千钧,
Guidait le poids de mille jun (ancienne unité de poids égale à 15 kg)
拳捷骁勇,
Sa boxe était rapide et vaillante,
动骇物听 »
Ses mouvements étaient effrayants, comme ci les objets l’écoutaient.

Seng Chou 僧稠 pratiquant le gong fu de la légèreté (Qing Gong 轻功)

 

Il est également dit que Seng Chou 僧稠 a acquis une compréhension plus profonde du Bouddhisme à Shaolin.

Une version de la légende dit qu’il a quitté le temple pour répandre les enseignements du Bouddhisme. Qu’il a gagné la faveur de l’empereur, et dans ses dernières années, il a publié deux livres sur le Bouddhisme qui sont devenus des références dans le milieu.

Une autre version dit qu’il succéda à Ba Tuo 跋陀 pour diriger le temple Shaolin 少林寺.

Il mourut en 560.

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Shaolin Shao Huo Gun – le bâton enflammé de Shaolin 少林烧火棍

Shaolin Shao Huo Gun 少林烧火棍 le bâton enflammé de Shaolin.

Shi Heng Jun 释恒君 au bâton 棍术

La légende dit que le bâton enflammé de Shaolin (Shaolin Shao Huo Gun 少林烧火棍) a été créée par le maitre Jin Na Luo 紧那罗 à la fin de la dynastie Yuan 元朝(yuan cháo 1260-1368).
Le nom Shao Huo 烧火 fait référence à l’intervention de Jin Na Luo face à l’armée des turbans rouges 红巾军 (hong jīn jūn) avec un bâton enflammé.

Cette forme de bâton était composée à l’origine de 19 techniques, transmises de génération jusqu’à la période des Ming 明朝 (Ming cháo 1368 – 1644).
Elle fut ensuite améliorée par le maitre Zhi Shan 智善 qui a ajouté des mouvements pour atteindre 25 techniques.
Puis le moine Zhan Qing 湛清 l’a également complété  pour atteindre 39 techniques.
Enfin le maitre Yong Xiang 永祥 le perfectionna en 62 techniques.

Le « caractère » de cette boxe est :
« 身隨手意
le corps suit la main,
棍隨手出、
le bâton suit la main,
或打或劈、
soit frapper soit trancher,
運用自如’
l’utilisation est naturelle,
或根或梢’觸之即打,
soit utiliser la racine du bâton soit sa tète,
打則猛疾。
quand vous touchez, vous frappez avec toute la puissance et très vite.
進法多以戳、刺、攔打亦使棍根,
les techniques d’attaque sont  enfoncer (chuo 戳), piquer (ci 刺)  et bloquer (lan 攔) en utilisant la racine du bâton (gun gen 棍根) ,
打上亦以棍根,
frapper le dessus en utilisant la racine du bâton (gun gen 棍根),
卧地多以掃打,
au sol, il faut utiliser les balayages avec le bâton,
视足多以
捣擊
lorsque vous voyez les pieds (de l’adversaire), il faut pilonner/broyer (dao ji 捣擊)  avec le bâton,
躍騰夾雜呵聲、此乃一呵三分力。
lorsque vous bondissez il faut utiliser le son « he » 呵 , en l’utilisant la force triple.

Le bâton enflammé de Shaolin (Shaolin Shao Huo Gun 少林烧火棍) était très connu dans la période Qing 清朝 de ( qīng cháo 1644 – 1912). La légende dit que tout le monde le connaissait, des jeunes aux personnes âgées, des personnes en bonne santé aux infirmes,  tous l’avait appris.
Il était connu sous sa forme des 25 techniques du maitre Zhi Shan 智善.

La technique de l'enfant salue Bouddha 童子拜佛
La technique de l’enfant salue Bouddha 童子拜佛

Le traité traditionnel du bâton enflammé de Shaolin (Shaolin Shao Huo Gun 少林烧火棍歌诀)

烧火棍法那那传, 二十五招镇嵩山。
出手韦驮献杵势, 菩萨面前合十参。
仙人指路中平剌, 立马挡敌架山峦。
凤凰点头伤足趾, 马步压棍不可软。
金鸡独立避毒蛇, 左右压杵打两边。
回头劈棍反慧枪, 乌龙腾搅起云烟。
弓步压杵似钻劲, 单叉甩镖棱穿山。
猿猴背棍探妖像, 左右降妖凤双屐。
大仙摆脚起旋风, 火神搅诲烧红夭。
单叉劈砸卧牛石, 老龙探海归宫源。
翻云扫雾采天日, 老虎探腰扑人面。
横扫千军一棍势, 左右单叉打两边。
偷施单叉扫落叶, 童子拜佛站佛前。
韦驮合十拜观音, 霸王降旗搬师还。
招招势势层层秘, 烧火棍法乃真言。

Traduction:
烧火棍法那那传, 二十五招镇嵩山。
Les techniques de Shao Huo Gun ont été transmises par Na Na 那那 (Jin Na Luo),
二十五招镇嵩山。

Les 25 techniques font trembler le mont Song.
出手韦驮献杵势,

Sortir les mains pour faire la technique Wei Tuo 韦驮 offre le baton de fer,
菩萨面前合十参。
Pu Sa 菩萨 (Bouddha) réunie ses mains en forme de croix devant le visage.
仙人指路中平剌,

L’immortel indique le chemin (à la hauteur du) milieu, (le poing) plat (pour) tuer,
立马挡敌架山峦。

Se dresser pour se protéger de l’adversaire et parer les montagnes.
凤凰点头伤足趾,

Le phénix pointe avec la tête pour blesser les orteils,
马步压棍不可软。

Presser le bâton en ma bu, ne pas être mou.
金鸡独立避毒蛇,

Le coq d’or se tient sur une patte pour éviter le poison du serpent,
左右压杵打两边。

Presser le bâton de fer à gauche et à droite pour frapper des deux côtés.
回头劈棍反慧枪,

Tourner la tête et fendre avec le bâton pour s’opposer à la perspicacité de la lance,
乌龙腾搅起云烟。

Le dragon noir s’entrelace et s’élève comme un nuage de fumée.
弓步压杵似钻劲,

Presser le bâton en gong bu comme pour percer avec force,
单叉甩镖棱穿山。

Simple fourche (Dan Cha 单叉 nom traditionnel pour la position Pu Bu) et balancer son dard sur le bord pour percer la montagne.
猿猴背棍探妖像,

Le singe avec le bâton dans le dos explore le démon,
左右降妖凤双屐。

Maitriser à gauche et à droite le démon, le phénix fait une double frappe.
大仙摆脚起旋风,

Le grand immortel balance son pied et génère un tourbillon,
火神搅诲烧红夭。

L’esprit de feu  remue le bâton embrasé.
单叉劈砸卧牛石,

Simple fourche (Dan Cha 单叉 nom traditionnel pour la position Pu Bu) fend et pilonne le bœuf allongé sur une pierre,
老龙探海归宫源。

Le vieux dragon explore la mer et rentre dans le palais de la source.
翻云扫雾采天日,

Retourner le nuage, balayer le brouillard et cueillir le ciel et le soleil,
老虎探腰扑人面。

Le vieux tigre explore les reins et bondi sur le visage.
横扫千军一棍势,

Balayer brutalement milles armées en un coup de bâton,
左右单叉打两边。

Simple fourche (Dan Cha 单叉 nom traditionnel pour la position Pu Bu) à gauche et à droite pour frapper des deux côtés.
偷施单叉扫落叶,

Subtiliser, (utiliser) la simple fourche (Dan Cha 单叉 nom traditionnel pour la position Pu Bu), balayer les feuilles,
童子拜佛站佛前。

L’enfant salue et se tient debout devant Bouddha.
韦驮合十拜观音,

Wei Tuo 韦驮 réunie les mains en forme de croix et salue Guan Yin 观音,
霸王降旗搬师还。

Ba Wang 霸王 (le tiran) se soumet et remue le drapeau face au maitre.
招招势势层层秘,

Chaque mouvement est un secret,
烧火棍法乃真言。

Les techniques de Shao Huo Gun sont vraiment dites.

Le nom des techniques:
*Wei Tuo 韦驮 est un bodhisattva Mahayana considéré comme un gardien dévoué des monastères bouddhistes.

**Lu Ban 鲁班 est un charpentier, architecte et stratège chinois, contemporain du philosophe Mozi, au temps des Royaumes combattants.

***Zhong Kui 钟馗 est un exorciste légendaire originaire de Chine.

****Ba Jie 八戒 est un cochon anthropomorphe, personnage de la mythologie chinoise décrit dans le roman La Pérégrination vers l’Ouest.

*****Nuo Nuo 挪挪  diminutif pour désigner Jin Na Luo 紧那罗.  Certains anciens à Shaolin l’appellent Nuo Nuo Ye 挪挪爷 (grand père Nuo Nuo).

Shaolin Shao Huo Gun exécuté par le maitre Shi De Yang 释德扬法师:

© Copyright Shaolin Nantes.