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La culture de Shaolin

« Le respect des ainés » 孝 Xiao

Dans la culture chinoise, le respect des ainés est quelque chose de très important. En chinois, on l’appelle xiào, qui veut littéralement dire piété filiale. C’est une vertu de respect pour ses propres parents et ancêtres. Le classique du confucianisme, Classique de la piété filiale (Xiào Jing), est la source historique d’autorité sur le principe confucéen de ‘’xiào’’ / « piété filiale ». Le livre est une conversation entre Confucius et son élève Zeng Shen (曾参,également connu sous le Zengzi 曾子) qui traite de comment mettre en place une bonne société en utilisant le principe de xiào (piété filiale).

Si nous analysons l’idéogramme chinois Xiao 孝, nous nous rendons compte qu’il explique simplement cette vertu confucéenne. Il est composé de deux idéogrammes:

  • le premier est « lao »老 qui signifie « ancien, âgé, vieux » qui est positionné sur le haut.
  • Le second est « zi » 子 qui signifie « enfant » qui lui est positionné en bas.
  • Donc nous pouvons lire que « l’enfant soutien l’ancien ».
Le caractère Xiao 孝
Le caractère Xiao 孝

En termes plus généraux, la piété filiale signifie d’être bon envers ses parents ; d’en prendre soin ; de s’engager dans une bonne conduite non seulement envers les parents, mais aussi à l’extérieur de la maison afin d’apporter un bon nom pour ses parents et ancêtres ; de bien exercer les fonctions de son emploi de manière à obtenir les moyens matériels pour soutenir ses parents ainsi que procéder à des sacrifices aux ancêtres ; de démontrer de l’amour, respect et soutien ; de faire preuve de courtoisie ; d’afficher sa tristesse face à la maladie et la mort de ses parents.

La piété filiale est considérée comme une vertu clé dans la culture chinoise et est ainsi le sujet principal d’un grand nombre d’histoires. L’une des plus célèbres collections de ces histoires est les Vingt-quatre piétés filiaux (Ershi-si xiào 二十四孝). Ces histoires illustrent comment des enfants ont exercé leur piété filiale par le passé.

Les 24 histoires de la piété filiale 二十四孝

Au temple Da Fa Wang 大法王寺, dans la cour du palais du sage de l’ouest 西方圣人殿, il y a plusieurs stèles formant la forêt de la vertu (德林 Dé Lín en chinois). Sur une d’entre elles, il y a l’idéogramme « xiao » 孝. Cette stèle a été créée à l’initiative de maitre Shi Heng Jun 释恒君 en respect pour son maitre et ses ainés.

La stèle 孝
Maitre Shi Heng Jun 释恒君 avec son maitre Shi Yan Fo 释延佛

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Le dernier des grands maitres de Shaolin – Shi Su Xi 释素喜

Shi Su Xi 释素喜

Cet article a pour but de vous présenter l’un des derniers grands maitres de Shaolin:  Shi Su Xi 释素喜. Il a été le dernier moine à entrer dans le temple avant la Libération (jiě fàng 解放 – se référant à la victoire des communistes sur les nationalistes en 1949), il est un des liens avec les enseignements des maîtres de la dynastie Qing 清朝 de Shaolin.

 

Petite enfance
Shi Su Xi 释素喜 est né le 27 septembre 1924 du calendrier lunaire chinois sous le nom de Geng Jin Zhu 耿金柱 dans une famille paysanne très pauvre qui vivait dans un petit village en dehors de Dengfeng 登封 dans la province  du Henan en Chine 河南省, non loin du monastère de Shaolin 少林寺.

Shi Su Xi 释素喜

Six mois après sa naissance, sa mère est décédée. Il a été élevé par son père, vendeur de livres qui entretenait de très bonnes relations avec les moines de Shaolin et recevait souvent de l’aide de ceux-ci en cas de besoin. Cependant, lorsque Geng Jin Zhu avait 11 ans, un hiver terrible tua son père (il a été retrouvé mort, gelé dans une hutte d’herbe). Par la suite, Geng Jin Zhu a rejoint ses cousins ​​alors qu’ils étaient en train de mendier de la nourriture. Souvent intimidés et humiliés, ils n’avaient pas d’autre choix.

A cette époque, il y avait un maître au monastère de Shaolin qui s’appelait Shi Zhen Xu 释贞绪. Plusieurs villageois, qui connaissaient la situation de Geng Jin Zhu, ont raconté son histoire au maître. Après quoi, le maitre pris du papier et un pinceau et laissa la note suivante pour le jeune garçon:

家寒志凌云
顿悟疾复春
胸装十万生
成佛在少林

Traduction:
家寒志凌云jiā hán zhì líng yún
(Malgré) votre famille pauvre, vous avez des ambitions aussi haut que le ciel
顿悟疾复春 – dùn wù jí fù chūn

Dans un moment d’illumination soudaine, votre maladie disparaitra.
胸装十万生 xiōng zhuāng shí wàn shēng
La poitrine (le coeur)  remplie de milliers d’existences
成佛在少林 – chéng fó zài shàolín
Tu deviendras un Bouddha à Shaolin.

 

Geng Jin Zhu, après avoir lu le message du maitre, se rendit au monastère de Shaolin à la recherche de ce dernier. À son arrivée, il trouva le maître Zhen Xu 贞绪 qui attendait dans la salle des invités. Il découvrit alors accroché sur le mur de gauche le poème suivant:

暴风雨袭十七年
恶魔鬼怪祸人间
碧殿毁于军阀火
众僧恨怒法无缘

Traduction:
暴风雨袭十七年 – bào fēng yǔ xí shí qī nián
Les tempêtes de pluie ont attaqué la 17ème année,
恶魔鬼怪祸人间 –  è mó guǐ guài huò rén jiān
Les démons et les fantômes ont fait des ravages sur le monde,
碧殿毁于军阀火 bì diàn huǐ yú jūn fá huǒ
Les splendides salles ont été détruites par le feu du seigneur de guerre,
众僧恨怒法无缘zhòng sēng hèn nù fǎ wú yuán
Tous les moines étaient exaspérés, la place pour la pratique du dharma   a été perdue.

 

shiyousan 石友三

Ce poème fait référence à l’incendie du monastère de Shaolin par le seigneur de guerre Shi You San 石友三 en 1928 (17ème année de la République de Chine) .

Le maître Zhen Xu 贞绪 voyant Geng Jin Zhu lire ce poème en profita pour le tester. Il lui demanda de créer un poème de quatre lignes en réponse à ce dernier. Geng Jin Zhu  s’exclama immédiatement:

净土污染魔作怪
善恶报应迟早来
野火不毁真禅宗
明年群殿更光彩

Traduction:
净土污染魔作怪 – jìng tǔ wūrǎn mó zuò guài
La Terre Pure a été piétinée et polluée par les démons,
善恶报应迟早来shàn è bào yìng chí zǎo lái
Les bonnes ou mauvaises rétributions viendront tôt ou tard,
野火不毁真禅宗yě huǒ bù huǐ zhēn Chán zōng
Un incendie sauvage ne peut pas détruire le vrai Chan 禅 (Zen),
明年群殿更光彩míng nián qún diàn gèng guâng cǎi
Les salles du monastère seront encore plus brillantes l’année prochaine.

 

Maître Zhen Xu 贞绪 fut étonné des paroles du jeune garçon et l’accepta dans le monastère.

 

Ordination

A l’age de 11ans, le jeune Geng Jin Zhu avait déjà perdu ses deux parents et était un mendiant. Pourtant, à cause de la dévotion bouddhiste de ses parents et une relation étroite avec les moines de Shaolin qui ont aimablement aidé sa famille, il avait une foi précoce dans le bouddhisme. Naturellement, le monastère Shaolin fut sa destiné.

Il est entré dans le temple en 1936 à l’âge de douze ans. Maître Zhen Xu 贞绪 l’ordonna plus tard comme un jeune moine novice 小沙弥 (xiǎoshāmí ) dans le monastère et lui donna son nom de moine: Shì Sù Xǐ 释素喜 que nous pouvons traduire par « toujours heureux ». Il représenta ainsi la 30ème génération de Shaolin.

Le monastère Da Xing Shan dans la ville de Xi An

En 1942, à l’âge de 18 ans, il a été envoyé à la ville de Xian 西安 dans la province de Shanxi 陕西 pour recevoir les préceptes 具足戒 au monastère Da Xing Shan 大兴善寺. Après avoir été entièrement ordonné, il est retourné au monastère de Shaolin pour continuer son étude et sa pratique bouddhiste.

Les arts martiaux de Shaolin
À ce moment-là, il était de son devoir de couper du bois, d’aller chercher de l’eau et d’accomplir diverses tâches autour du monastère.
Maître Zhen Xu 贞绪 regardait le jeune Su Xi travailler tous les jours. Il a remarqué la patience naturelle qu’il avait lors de l’accomplissement de chaque tâche, ainsi que sa bonne conduite, et le respect des autres. Là-dessus, il a décidé de commencer à lui enseigner les compétences martiales de Shaolin  少林武功. En fait, beaucoup de moines de Shaolin l’aimaient tellement qu’ils souhaitaient tous avoir la chance de lui transmettre leur savoir.

Le maitre Su Xi 素喜 devint une encyclopédie vivante des arts martiaux de Shaolin des maîtres de la dynastie Qing 清朝. Ses connaissances comprenaient aussi bien les techniques à mains que celles avec armes, mais également des arts plus confidentiel de Shaolin, tels que les points vitaux 点穴. Il fut aussi le dernier moine des générations plus âgées à maîtriser le maniement des chapelets bouddhiste (luó hàn fó zhū gōng 罗汉佛珠功). Sa grande détermination dans l’étude et la pratique au cours des décennies lui a valu le surnom de « Roi de la boxe de Shaolin »  少林拳王.

Entre 1960 et 1962, le maitre Su Xi 素喜 était l’étudiant bouddhiste numéro un en Chine et a été choisi pour être envoyé à Pékin pour l’éducation formelle au Collège bouddhiste de Pékin 北京佛学院. Après l’obtention du diplôme, il est retourné au monastère de Shaolin où il est devenu le maître référent des arts martiaux de Shaolin 武功教头. Pendant tout ce temps, il avait soif de connaissances pour développer davantage les arts martiaux de Shaolin. Il invita de nombreux maîtres chinois 拳师 de différents styles pour partager leurs compétences afin de développer et diffuser la culture Shaolin.

Aucun obstacle n’a jamais entravé sa pratique. En ce qui concerne la formation traditionnelle, il disait:

习武德为先
不怕先挨打
笑脸迎人欺
良师介武德
苦恒出高手

Traduction :
习武德为先 – xí wǔ dé wéi xiān
Pratiques d’abord la vertu
不怕先挨打 – bù pà xiān ái dǎ
N’es pas peur d’être attaqué
笑脸迎人欺 – xiào liǎn yíng rén qī
Accueilles ton adversaire avec le sourire
良师介武德 – liáng shi jiè wǔ dé
Un bon maître introduit la vertu
苦恒出高手 – kǔ héng chū gāo shǒu
L’amertume (la difficulté) et la persévérance sort toujours des hautes mains (grands maitres)

Préserver la culture de Shaolin
Entre les années 1959 et 1961, Dengfeng 登封 a connu une sécheresse de trois ans. Comme il n’y avait plus rien à manger, beaucoup de moines retournèrent à la vie laïque. Seulement le maitre Su Xi 素喜 et 16 autres moines sont restés pour surveiller le monastère.

Pendant la période de la Révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 – 1966-1976), de nombreux gardes rouges (Hóng Wèi Bīng 红卫兵) sont venus détruire les statues bouddhistes du monastère et brûler les sutras. Le maitre Su Xi 素喜 était considéré comme un grand propriétaire foncier (Dà Dì Zhǔ 大地主), et fut ainsi retiré presque chaque jour pour subir la critique publique et l’humiliation (Pī Dòu 批斗) de la part des gardes rouges pour ses « crimes ».

Shi Su Xi, Shi De Chan, Shi Su Yun

Pendant ce temps, il y avait beaucoup de jeunes enfants qui venaient dans le monastère et jouaient autour, endommageant les peintures murales et les statues avec des pierres et des bâtons. Le maitre Su Xi 素喜 a couvert les murs et les statues avec son corps pour les protéger.

Par la suite, certaines personnes lui ont demandé pourquoi il n’utilisait pas sa capacité martiale pour résister ou menacer les gardes rouges et les enfants. Il répondit:
« 1 – ce sont des enfants et ils ne sont pas raisonnables, 2 – notre art martial est utilisé pour fortifier le corps et pour rester en bonne santé, pour développer la vertu et discipliner le mal .. 3 – un bouddhiste doit traiter les gens avec tolérance. »

Shi De Chan 释德禅

Afin de protéger les reliques culturelles contre de futurs dommages , le maitre Su Xi 素喜 avec l’abbé du monastère Shaolin, Shi De Chan 释德禅, ont distribué les sutras et les livres du monastère de Shaolin à chacun des moines afin qu’ils les mémorisent complètement avec la plus grande précision possible. Une fois tous mémorisés correctement, les moines les ont enterré.

Toutes ces injustices que le maitre Su Xi 素喜 a traversé lui ont enseigné quelque chose de très doux, une phrase qu’il répétait très souvent:

忍辱菠萝蜜rěn rǔ bōluómì

Traduction :
Supporter l’humiliation, (c’est comme) le jacquier

Le jacquier

Si vous faites preuve d’indulgence,  vous découvrirez que c’est comme manger le fruit le plus sucré du monde: le jacquier.

Servant d’Abbé
Au cours de sa vie au monastère de Shaolin, le maitre Su Xi 素喜 fut obligé de prendre les rennes du monastère à plusieurs reprises:
– De 1959 à 1961, au moment de la grande sécheresse
– En 1966, au moment de la révolution culturelle (Wén Huà Dà Gé Mìng 文化大革命 )
– En 1974, lorsque l’Abbé officiel Shì Xíng Zhèng 释行正 était à Pekin pour lancer le processus de rénovation du monastère de Shaolin
– Enfin de 1990 à 1999, suite aux décès des Abbés Shì Xíng Zhèng 释行正 et Shi De Chan 释德禅, il prit la tête du monastère en attendant la nomination d’un nouvel Abbé.

Être l’abbé supérieur dans de telles périodes d’agitation étaient difficiles, surtout à mesure qu’il vieillissait et devenait de plus en plus faible. Il ne pouvait pas supporter de telles responsabilités. En tant que chef du monastère, il a dû subir de nombreuses humiliations publiques pendant la Révolution culturelle. Cependant, il ne s’est jamais plaint. Il se tenait toujours droit et ne faisait que ce qu’il savait être son devoir.

La maladie
L’histoire du maitre Su Xi 素喜 est d’autant plus inspirante que, à travers tout le chaos qu’il a connu, il avait aussi à gérer une maladie physique. À l’âge de 30 ans, il a eu un accident vasculaire cérébral. Il a été diagnostiqué comme la maladie de Parkinson. En 1983, à l’âge de 60 ans, il a commencé à tomber malade, perdant du mouvement et de la coordination dans les jambes et les pieds, mais il a persisté dans sa pratique de l’art martial, et s’est même réuni avec les autres maitres (dont maitre Shi De Chan 释德禅) pour former le « Groupe de recherche et de mise en ordre des Arts Martiaux de Shaolin » (Shàolín Wǔshù Wājué Zhěnglǐ Xiǎozǔ 少林武术挖掘整理小组). En tant que chef du groupe, il a déterré et rassemblé des compétences des arts martiaux de Shaolin qui étaient perdues. Il les a ensuite compilés dans des différents livres, comme par exemple le fameux livre « Transmissions secrètes de la boxe de Shaolin » (Shàolín Quánshù Mìchuán 少林拳术秘传).

En 1987, l’abbé Shi Xing Zheng  释行正 est décédé. Six ans plus tard, en 1993, l’abbé « temporaire » Shi De Chan  释德禅 est décédé. A cette époque, le monastère Shaolin avait établi une Commission de Régulation (Chin .: Guǎnlǐ Wěiyuán Huì 管理 委员会) dont le maitre Su Xi devait mener. Cependant, dans les années 90,  son état de santé a commencé à empirer et il a dû démissionner.

Sa maladie de Parkinson avançait. Il a perdu le contrôle de son bras droit et a eu des problèmes de langage. Cependant, comme si aucun facteur externe ne pouvait affecter son esprit, il continua à vivre dans le «simple bonheur», comme son nom de moine, accueillant cette maladie agressive avec un visage souriant et traitant le monde avec tolérance, gentillesse et compassion.

Héritage
Au fil des années maitre Su Xi 素喜 a accepté énormément de personnes en tant que disciples laïques de la tradition de Shaolin. Son disciple le plus proche est Shi De Yang 释德扬.
Maitre Su Xi 素喜 souhaitait qu’il soit le nouvel abbé du monastère de Shaolin. Le gouvernement chinois en décida autrement et nomma en 1999 le très controversé Shi Yong Xin 释永信 au grand désarroi du maitre Su Xi 素喜.

Dans les premières années du 21ème siècle, maitre Su Xi 素喜 avec son fidèle disciple Shi De Yang 释德扬 et une vingtaine de moines guerriers (wǔsēng 武僧) sont partis dans la province du Fujian (Fújiànshěng 福建省) pour rétablir le monastère Shaolin du Sud à Putian (Pútián Nánshàolínsì 莆田 南少林寺). Ce monastère est devenu une deuxième maison pour le maitre Su Xi 素喜.

Pagode du maitre Su Xi

En 2002, le monastère de Shaolin lui a construit une pagode dans la forêt de pagodes de Shaolin 塔林. C’est un immense honneur pour un moine de se faire construire une pagode durant sa vie. C’était aussi la première fois que cela avait été fait dans les 200 dernières années. La pagode représente les nombreuses époques qu’il a vécues. Nous pouvons y voir des images de train, d’avion, de bateau, de voiture, de caméscope et même d’ordinateur.

Il a consacré plus de 70 ans à la protection et à la propagation de la culture traditionnelle de Shaolin, période pendant laquelle il a rétabli le monastère de Shaolin avec ses traditions culturelles.

Le 9 février 2006 du calendrier lunaire chinois (le 8 mars 2006), maitre Su Xi 素喜 est décédé à l’age de 82 ans dont 70 ans au service de Shaolin. Les mots ne peuvent exprimer l’ampleur de ses contributions pour la culture Shaolin.

Avant son décès, sentant la mort arriver, maitre Shi Su Xi demanda à l’actuel abbé de Shaolin de venir à son chevet. Shi Yong Xin 释永信 s’est immédiatement exécuté et est venu rendre visite à Shi Su Xi.  Tandis qu’il tenait la main de Yong Xin 永信, il répéta la phrase suivante jusqu’à son extinction:

« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« Shaolin c’est le Chan 禅, pas le pouvoir 权 »
« … »
( Shàolín shì Chán bù shì Quán 少林是禅不是权)
 
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Les 18 maitres influençant la boxe de Shaolin

Le monastère de Shaolin 少林寺 est connu pour avoir été un centre des arts martiaux. Les maitres du temple souhaitaient sans cesse enrichir leur Gong Fu 功夫, en prenant les meilleurs techniques des autres styles.

D’après les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱), dans les premières années de la dynastie des Song du Nord 北宋初年, le moine de Fu Ju 福居禅师 invita 18 artistes martiaux célèbres en Chine au temple de Shaolin 少林寺 afin de recueillir les compétences de leurs styles respectifs.

Ces maitres restèrent en moyenne deux ou trois ans et influencèrent énormément le style de la boxe Shaolin 少林拳.

Un texte très connu consigné dans les anciens livres de Shaolin (Shaolin Quan Pu 少林拳谱) nous donne le nom de ces 18 maitres ainsi que leurs styles.

Le texte est le suivant :

少林十八家武法
太祖的长拳起首       韩通的通臂为母
郑恩的缠封尤妙       温元的短拳更奇
马籍的短打最甚       黄佑的贴身靠打
孙恒的猴拳且盛       绵盛的棉拳飞疾
金相的磕手通拳       刘兴的勾搂采手
谭云的漏滚手法       孟苏的七势连拳
燕青的擒拿摔法       林冲的鸳鸯脚强
崔通的窝里炮锤       相滚的捆掠直入
王郎的螳螂总攻       怀德的摔将硬崩

Traduction:
太祖的长拳起首
En premier, la boxe longue de l’empereur Tai Zu (太祖长拳).

韩通的通臂为母
(Les techniques de) Tong Bi (通臂) du maitre Han Tong (韩通) sont considérées comme la mère (des autres styles).

郑恩的缠封尤妙
(Les techniques ) d’enroulement et fermeture (Chan Feng 缠封) du maitre Zhang En (郑恩) sont particulièrement profondes.

温元的短拳更奇
La boxe courte (Duan Quan 短拳) du maitre Wen Yuan (温元) est la plus extraordinaire.

马籍的短打最甚
(Les techniques de) corps à corps « Duan Da » (短打) du maitre Ma Ji (马籍) sont les plus extrêmes.

黄佑的贴身靠打
(Les techniques de) coller le corps pour attaquer (Tie Shen Kao Da 贴身靠打) du maitre Huang You (黄佑)

孙恒的猴拳且盛
La boxe du singe (Hou Quan 猴拳) du maitre Sun Heng (孙恒) est magnifique.

绵盛的棉拳飞疾
La boxe coton (Mian Quan 棉拳) du maitre Mian Sheng (绵盛) est rapide comme l’éclair.

金相的磕手通拳
(Les techniques de) heurter avec les mains et suivre avec les poings (Ke Shou Tong Quan 磕手通拳) du maitre Jin Xiang (金相)

刘兴的勾搂采手
(Les techniques de) crocheter (Gou 勾), d’embrasser (Lou 搂) et cueillir (Cai 采) du maitre Liu Xing (刘兴)

谭云的漏滚手法
Les techniques d’enrouler les mains (Lou Gun Shou Fa 漏滚手法) du maitre Tan Yun (谭云)

孟苏的七势连拳
La boxe des sept forces enchainées (Qi Shi Lian Quan 七势连拳) du maitre Meng Su (孟苏)

燕青的擒拿摔法
Les techniques d’immobilisation et de projection (Qin Na Shuai Fa擒拿摔法) du maitre Yan Qing (燕青)

林冲的鸳鸯脚强
(Les) puissantes (techniques de) pieds du canard mandarin du maitre Lin Chong (林冲)

崔通的窝里炮锤
(Les techniques de) frappes explosives dans les parties creuses du corps (Wo Li Pao Chui 窝里炮锤) du maitre Cui Tong (崔通)

相滚的捆掠直入
(Les techniques de) « Kun Lue Zhi Ru » (捆掠直入) du maitre Xiang Gun (相滚)

王郎的螳螂总攻
(Les techniques d’) attaque de la mante religieuse du maitre Wang Lang (王郎)

怀德的摔将硬崩
(Les techniques de) projection et d’écrasement dur  (Shuai Jiang Ying Beng 摔将硬崩) du maitre Huai De (怀德)

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Les 3 écoles ou 3 sagesses 三教

Le temple Shaolin 少林寺 est connu pour être le berceau du bouddhisme Zen (Chan 禅 en chinois). Le bouddhisme est l’un des trois principaux courants idéologiques et spirituels (les « Trois écoles » ou « Trois sagesses »  三教 sānjiào). Les trois écoles en Chine sont:
– Le taoisme 道家
– Le bouddhisme 佛家
– Le confucianisme 孔家

Ces trois écoles ne sont pas des religions au sens occidentale du terme. Il n’existe pas de caractère chinois correspondant à l’idée occidentale de religion au sens de « croyance fondée sur un Dieu créateur et transmise par un Livre révélé ».
Les chinois utilisent le terme de jiào signifiant « enseignement »… très éloigné de l’idée de religion.

Le temple de Shaolin est situé près de Deng Feng 登封 dans la chaine montagneuse Song 嵩山. Cette région a été particulièrement influencée par les 3 écoles.

En effet, nous pouvons retrouver un des premiers monastère bouddhiste de Chine: le monastère Da Fa Wang  大法王寺 sur le mont Tai Shi 太室山.
Il y également un des plus ancien temple taoiste de Chine: le temple Zhong Yue 中岳庙
Enfin, une école de recherche très connue au pied du mont Song, Song Yang Shu Yuan 嵩阳书院 représentant l’école Confucianisme.

Ces 3 lieux de culte sont les plus connus mais il en existe beaucoup d’autres dans la région de Shaolin.

Au sein du temple shaolin, il y a une stèle très connue avec le dessin de l’unification des 3 enseignements (ou 3 sagesses) 三教图.

Stèle San Jiao Tuan三教图

Ce dessin représente un moine bouddhiste. Plus exactement le visage du moine représente le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼). Si nous regardons attentivement, nous pouvons voir que ce visage est composé par deux personnages :

  • La partie gauche du visage correspond à Confucius, reconnaissable à son chapeau (et donc au Confucianisme).
  • La partie droite du visage correspond à Lao Zi, reconnaissable également à son chapeau (et donc au Taoïsme).

Ce dessin représente donc l’unification des 3 enseignements :

  • Le bouddhisme avec le bouddha Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)
  • Le confucianisme avec Confucius (Kong Zi 孔子)
  • Le taoïsme avec Lao Tseu (Lao Zi老子)

Sur le dessin nous voyons également une carte tenue entre les mains du moine. Cette carte s’appelle « le dessin du mélange des 9 flux principaux » (Jiǔ liú hùn yuán tú « 九流混元图 ») et correspond aux 9 courants.

Ce dessin est en forme de rond puisque dans la culture traditionnelle chinoise le «cercle» occupe un statut spécial. Pour les anciens chinois, le « rond » signifiait l’harmonie, la perfection. Du point de vue cosmologique,  le «  rond » est considéré comme l’état de départ de l’univers, il est le « million » de « racine », la source de l’aura et de la vitalité.

Nous pouvons donc constater que le temple Shaolin, malgré qu’il soit le berceau du Zen (Chan en chinois 禅), a été extrêmement influencé par les deux autres courants de pensée chinoise le différenciant, en partie, des autres temples bouddhistes.

Pour clôturer cet article, je vous propose le texte chinois suivant qui résume la vision des 3 enseignements à Shaolin:

儒门释户道相通,三教从来一祖风。
红莲白藕青荷叶,三教本来是一家。

Traduction:

儒门释户道相通
Le confucianisme (Ru 儒), le bouddhisme (释 Shi en référence à Sakyamuni (Shi Jia Mou Ni 释迦牟尼)) et le taoïsme (道 Tao) se nourrissent mutuellement,
三教从来一祖风。
Les 3 enseignements viennent d’un unique vent ancestral.
红莲白藕青荷叶,
Comme le lotus : la fleur rouge, la racine blanche, les feuilles vertes,
三教本来是一家。
Les 3 enseignements étaient, à l’origine, une seule et même famille.

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L’histoire de la création du temple Shaolin 少林寺

L’histoire qui suit m’a été conté par maitre Shi Heng Jun 释恒君, elle relève plus de la légende que de faits historiques. Vous pouvez retrouver cette histoire dans différents livres chinois, elle est relativement connue:

Pendant le règne de l’empereur Xiao Wen 孝文, un géomancien, un propriétaire et un moine du nom de Ba Tuo 跋陀 traversèrent le mont Song 嵩山 dans la province chinoise du He Nan 河南省. Le brouillard épais les empêchait de se voir.

Tout à coup, ils semblaient entendre des voix. En regardant vers le ciel, ils pouvaient voir faiblement parmi les nuages un temple avec les mots « 竹林寺Temple de Zhu Lin » (temple de la forêt de bambou) inscrits sur l’entrée du temple. Un jeune moine et un moine âgé étaient face à ce temple.

Le jeune moine dit : « Maitre, au paradis, nous avons le temple Zhu Lin, qu’est-ce qu’il y a sur terre ? »

Le vieux maitre répondit : « Au paradis, Zhu Lin 竹林, sur terre, Shao Lin 少林 »

Le jeune moine rétorqua : « Le temple Shaolin ? Où est-il ? »

Le vieux maitre pointa vers le mont Shao shi. Un temple apparu avec les mots Shao Lin Si 少林寺 (temple de Shaolin) inscrits sur son entrée.

Le géomancien, le propriétaire et le moine, tous furent étonnés car il n’y avait pas de temple sur le mont Shao 少室山.

L’apparition disparut lentement en même temps que le brouillard s’estompait.

Les 3 personnages descendirent de la montagne Shao 少室山 et trouvèrent tous un lieu différent pour passer la nuit. Les 3 eurent la même conclusion, leur vision de Shaolin était une vision divine et ils devaient retrouver ce lieu béni.

Le propriétaire se disait alors « Construire une villa luxueuse assurera ma prospérité future. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété lorsque le jour se lèvera. Mais d’abord, il est temps de dormir ! »

Le géomancien réfléchissait « Si je déplace mes cendres ici, mes descendants prospéreront sûrement. Je vais mettre en jeu ma demande de propriété à la première lumière du jour »

Le moine se disait quant à lui « Ce serait merveilleux si je construisais un temple ici et transformerai le mirage en réalité. Le mieux n’est de ne pas attendre, je vais rechercher le lieu maintenant afin de mettre en jeu ma demande de propriété ».
Sans attendre le moine parcourra le mont Shao 少室山 à la recherche du lieu de la vision.
Après quelques heures de marche, il le trouva et décida d’enterrer ses chaussures à cet endroit précis, au milieu de la forêt en contre bas du mont Shao 少室山. Le moine repartit alors se reposer.

Le géomancien, dès l’aube, parcourra à son tour le mont Shao 少室山. Il découvrit le lieu de la vision et décida d’y planter son bâton de marche avec son nom gravé dessus.
Il le planta exactement au même endroit où le moine enterra ses chaussures, les transperçant. Il repartit également se reposer.

Enfin le propriétaire, dans la matinée, décida à son tour de parcourir le mont Shao 少室山. Après plusieurs kilomètres, il trouva le lieu. Voulant se souvenir du lieu, il déposa son chapeau sur le bâton planté par le géomancien. Il retourna au village pour se reposer.

Trois jours plus tard, les 3 protagonistes se retrouvèrent sur le lieu. Le géomancien et le propriétaire se disputaient pour la propriété du terrain. Ba Tuo 跋陀 les regardait, un peu gêné lorsque l’empereur Xiao Wen 孝文 arriva sur les lieux pour essayer de mettre fin au conflit.

Le propriétaire se précipita vers l’empereur Xiao Wen 孝文: « Majesté, regardez, c’est mon chapeau, je l’ai mis sur ce bâton pour mettre en jeu ma demande de propriété ».

Le géomancien rétorqua non sans malice: « Majesté, ce bâton est celui que j’ai planté pour mettre en jeu ma demande de propriété. Regardez, mon nom est gravé dessus ».

Enfin, Ba Tuo 跋陀 creusa sans dire un mot. Des chaussures apparurent, transpercées par le bâton: « Majesté, ce sont mes chaussures ».

C’est ainsi que l’empereur Xiao Wen 孝文 donna la propriété au moine Ba Tuo 跋陀 afin d’y construire un temple. L’empereur s’exclama: « Le temple se trouve au milieu de la forêt au pied du mont Shao, il s’appellera donc le temple Shao Lin 少林寺 » (voir explication).

Le temple Shaolin 少林寺

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Ba Tuo 跋陀, le fondateur du temple Shaolin

Ba Tuo 跋陀 était un moine bouddhiste Indien. Il a commencé à étudier le bouddhisme à un âge précoce. Après une longue période d’étude, il a décidé de voyager. En quittant l’Inde, il est venu en Chine au V siècle, où il a été bien accueilli par l’empereur Xiao Wen 孝文 de la dynastie des Wei du Nord (北魏太和  386 – 534).

Afin d’honorer Ba Tuo 跋陀, l’empereur Xiao Wen 孝文 décida de lui faire construire un monastère. Ba Tuo 跋陀 décida de construire le monastère sur le mont Shao 少室山 de la chaine de montagne Song 嵩山 car, d’après la légende, il estimait que la montagne ressemblait à un lotus, qui est une fleur de bon augure dans le bouddhisme.

Ba Tuo 跋陀

Il est devenu le chef de la communauté bouddhiste, et avait plus de 100 adeptes au moment de la création du temple de Shaolin. ar conséquent, Ba Tuo 跋陀 est devenu le fondateur et le premier abbé du temple Shaolin 少林寺.

Ba Tuo 跋陀  était également connu sous le nom de Fo Tuo 佛陀.

Pendant son séjour, il a traduit les écritures bouddhistes du sanskrit au chinois classique. Il a terminé la traduction de plusieurs Sutra dont celui du Lotus (Miao Fa Lian Hua Jing 妙法蓮華經) et le sutra Vimalakirti (Wei Mo Jing 維摩).

Deux de ses disciples les plus importants étaient Hui Guang 慧光  et Seng Chou 僧 稠 qui ont été aussi bien instruit dans les arts martiaux que dans le bouddhisme Chan 禅.

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Seng Chou 僧稠 le premier moine guerrier de Shaolin

Seng Chou 僧稠, de son nom laïque Xing Sun 姓孙 est né à Ju Lu 巨鹿 dans la province du He Bei 河北.

Seng Chou 僧稠

Il est connu pour avoir été un maitre éminent pendant la période entre la dynastie Wei du Nord (北魏太和  386 – 534) et la dynastie Qi du Nord (北齐太和 550 – 557).

Il existe plusieurs légendes sur ce personnage mais toutes s’accordent à dire qu’il fut le premier moine guerrier (Wu Seng 武僧)  du temple de Shaolin (少林寺最早的武僧).

Il a été élevé par son grand-père, certaines légendes disent que c’est son grand père qui lui enseigna les arts martiaux. D’autres donnent cet apprentissage à Ba Tuo 跋陀 qui l’accepta comme disciple et, le trouvant faible, lui enseigna les arts martiaux.

La légende dit qu’enfant, il était faible et maladif, mais avait une forte volonté.  Suite à de long et dur entrainements, il devient un expert en arts martiaux. Beaucoup  l’ont défié, mais personne ne pouvait le vaincre.

Une légende bien connue dit que Seng Chou 僧稠 voyant deux tigres se battant, les sépara d’un grand coup de bâton puissant.

Seng Chou 僧稠 séparant les 2 tigres

Seng Chou 僧稠 a également pratiqué le Gong Fu de la légèreté (轻功 Qing Gong). La légende dit qu’il pouvait courir sur la cime des arbres. Il est d’ailleurs souvent représenté ainsi.
Le texte suivant dit à son sujet:

跃首至梁,引重千钧
拳捷骁勇,动骇物听

Traduction:
« 跃首至梁,
Bondissait jusqu’à la cime,
引重千钧,
Guidait le poids de mille jun (ancienne unité de poids égale à 15 kg)
拳捷骁勇,
Sa boxe était rapide et vaillante,
动骇物听 »
Ses mouvements étaient effrayants, comme ci les objets l’écoutaient.

Seng Chou 僧稠 pratiquant le gong fu de la légèreté (Qing Gong 轻功)

 

Il est également dit que Seng Chou 僧稠 a acquis une compréhension plus profonde du Bouddhisme à Shaolin.

Une version de la légende dit qu’il a quitté le temple pour répandre les enseignements du Bouddhisme. Qu’il a gagné la faveur de l’empereur, et dans ses dernières années, il a publié deux livres sur le Bouddhisme qui sont devenus des références dans le milieu.

Une autre version dit qu’il succéda à Ba Tuo 跋陀 pour diriger le temple Shaolin 少林寺.

Il mourut en 560.

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Jin Na Luo 紧那罗 Le moine cuisinier

Jin Na Luo 紧那罗
Jin Na Luo 紧那罗

Selon la légende, le moine Jin Na Luo紧那罗, est devenu un disciple bouddhiste dans le monastère Shaolin pendant la dynastie Yuan 元朝 (Yuán 1279-1368). A cet époque, il était le cuisinier du temple Shaolin 少林寺. Son nom laïque était Xu Na Luo 许那罗.

Il a le titre particulier de “武圣” (Wu Sheng – Saint Martial), comme une divinité protectrice du monastère Shaolin, c’est une particularité typique du temple de Shaolin.

Il n’existe aucune information historique complète sur l’origine du moine Jin Na Luo紧那罗. D’après le livre Song « 嵩书 », dans l’année 1341 il y avait un moine excentrique, à moitié nu, échevelé et pieds nus, qui travaillait dans la cuisine.

Le 26 mars 1351, le monastère Shaolin fait face à l’invasion d’une petite armée connu sous le nom de « L’armée avec des turbans rouges » 红巾军 (hong jīn jūn). Cette armée a envahi le monastère Shaolin afin de le piller de ses richesses, quand tout à coup apparu un moine debout sur deux sommets d’une montagne, tenant un bâton enflammé. Les assaillants, pris de peur face à un tel dieu, se sont enfuis. Le moine cria à haute voix: « Je suis le roi Jin Na Luo ! » (Wu Jin Na Luo Wang Ye – « 吾紧那罗王也 ! »).

Dessin représentant Jin Na Luo criant: « Je suis le roi Jin Na Luo ! » (Wu Jin Na Luo Wang Ye - « 吾紧那罗王也 ! »).
Dessin représentant Jin Na Luo criant: « Je suis le roi Jin Na Luo ! » (Wu Jin Na Luo Wang Ye – « 吾紧那罗王也 ! »).

Dès lors, le moine Jin Na Luo a été reconnu comme un protecteur du temple Shaolin. Aujourd’hui une salle lui est dédiée en son honneur dans le temple Shaolin.

Jackie Chan 成龙 interprétant Jin Na Luo 紧那罗 dans le film Xin Shaolin Si 新少林寺
Jackie Chan 成龙 interprétant Jin Na Luo 紧那罗 dans le film Xin Shaolin Si 新少林寺

Beaucoup de formes de bâton du gongfu shaolin font référence à Jin Na Luo 紧那罗 comme Shao Huo Gun 烧火棍, Feng Mo Gun 疯魔棍, Jin Na Luo Wang Gun 紧那罗王棍, etc….

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后悔禅 Hou Hui CHAN « les regrets du Chan »

Pour faire écho à l’article sur le Wu De 武德, je partage avec vous un texte sur le Chan 禅  (Zen) qui est affiché dans le bureau de maitre Shi Heng Jun 释恒君大师. Ce texte peut être traduit par « les regrets du Chan » 后悔禅 Hou Hui CHAN.

Il est composé de 10 phrases structurées de la même manière;

  • Les deux premiers caractères sont les qualités/faits
  • Le troisième caractère est toujours la négation Bu 不
  • Les quatrièmes et cinquième caractères sont les conséquences
  • Les sixième et septième caractères sont toujours Hou Hui 后悔 « le regret »
Maitre Shi heng Jun en train d'expliquer le texte aux élèves français
Maitre Shi heng Jun en train d’expliquer le texte aux élèves français

Le texte est le suivant:

后悔禅 Hou Hui CHAN

功        因        有        见        见        爱        封        事        遇        逢
徳        果        财        危        義        国        主        亲        贤        师
不        不        不        不        不        不        不        不        不       
修        信        施        救        为        贞        忠        孝        交        学
死        报        矢        陷        过        亡        退        丧        别        去
后        后        后        后        后        后        后        后        后       
悔       
悔        悔        悔        悔        悔        悔        悔        悔       

Traduction:
逢师不学去后悔
si tu n’apprends pas quand tu rencontres un maitre, tu le regretteras

遇贤不交别后悔
si tu rencontres une personne vertueuse et que tu ne la fais pas connaitre, tu le regretteras

事亲不孝丧后悔
Si tu n’es pas un bon fils, après le deuil de tes parents, tu le regretteras

封主不忠退后悔
Si tu n’es pas fidèle de ton maître, après que tu sois renvoyé, tu le regretteras.

爱国不贞亡后悔
Si tu n’aimes pas ton pays, tu le regretteras.

见義不为过后悔
Si tu ne fais pas des choses justes, dans le temps qu’il te reste, tu le regretteras.

见危不救陷后悔
Si tu ne secoures pas (une personne) lorsqu’elle est en danger, tu le regretteras.

有财不施矢后悔
Si tu ne donnes pas l’aumône quand tu as de l’argent, tu le regretteras.

因果不信报后悔
Si tu ne crois pas au karma, lors d’une vengeance, tu le regretteras.

功徳不修死后悔
Si tu n’exerces pas le mérite et la vertu, tu le regretteras.

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武德 Wu De la « moralité martiale »

Maitre Shi Heng Jun 释恒君大师 m’a demandé d’écrire un article sur ce qui est appelé les « vertus martiales » ou la « moralité martiale » dans les arts martiaux chinois : 武德 Wu De.

RespectLe 德 De veut littéralement dire :

  1. vertu / moralité
  2. volonté / cœur
  3. bonté / bienveillance

Si l’on découpe le caractère , nous pouvons voir qu’il est composé de 直zhí  (droit/vertical/franc/sincère) et en dessous du caractère 心xīn  (cœur/ pensée / esprit/intention), c’est donc d’avoir le cœur ou plutôt l’esprit droit, sincère.

Dans le contexte des arts martiaux, il ne s’agit pas ici d’être une personne irréprochable ou parfaite mais plutôt faire preuve de respect, de retenue et de bienveillance.

Maitre Shi Heng Jun nous a donc expliqué que le Wu De 武德 est divisé en trois parties :

  1. Kou De 口德: « la morale dans les paroles », sous-entendu ne pas être médisant.
  2. Shou De 手德: « la morale des mains », sous-entendu de ses gestes et par extension de la violence. Ne pas utiliser ou tout faire pour ne pas utiliser ses mains (la violence) pour résoudre un problème (voir cet article 八打八不打 faisant partie du 武德 Wu De).
  3. Xin De 心德: « la morale du cœur », sous-entendu ne pas avoir de « mauvaises pensées ». Certainement la chose la plus difficile vers laquelle tendre. Qui n’a jamais pensé du mal d’un autre ? Cette « règle » est finalement un moyen de s’auto-protéger car lorsque nous pensons du mal de quelqu’un c’est finalement notre mal être ou notre non-capacité à accepter qui nous provoque ces « mauvaises pensées ».

NB : Certaines écoles font la distinction entre la « moralité dans les paroles » Kou De 口德  et « la moralité du regard » Yan De眼德, sous-entendu ne pas être médisant du regard. Vous pouvez donc parfois entendre parler de cette « moralité » qui, pour certaine école (ex : celle de maitre Shi Heng Jun), est déjà incluse dans la « moralité dans les paroles » Kou De 口德.

Le grand maitre Shi Su Xi 释素喜法师 (1926 – 20016) disait au sujet de la vertu :

习武德为先
不怕先挨打
笑脸迎人欺
良师介武德
苦恒出高手

Traduction :
Pratiques d’abord la vertu
N’es pas peur d’être attaqué
Accueilles ton adversaire avec le sourire
Un bon maître introduit la vertu
L’amertume (la difficulté) et la persévérance sort toujours des hautes mains (grands maitres)

Traditionnellement, les maitres testaient les élèves et ce parfois pendant plusieurs années afin de vérifier s’ils étaient suffisamment « intègres » et « non violents » avant de leurs enseigner des techniques de combat. C’était du bon sens.

Aujourd’hui, c’est très différent. Il nous suffit de payer une cotisation pour pouvoir accéder aux enseignements. Quid du rôle des professeurs ? Doivent-ils être garants du Wu De 武德 ? Si oui, comment peuvent-ils détecter qu’un élève n’est pas « morale » pendant 2 – 3 ou 4 cours hebdo ? Est-ce que ceci a vraiment un sens ?

Bien évidemment c’est compliqué et je n’ai pas la réponse.
Mais une chose est sûre, pour être un « grand », un « vrai », un « bon » artiste martial / maitre / pratiquant / champion (peu importe les termes), il faut indéniablement essayer de tendre vers ces qualités…

Pour finir avec cet article, en Chine pour faire passer des messages, les chinois sont friands de proverbes, en voici une liste sur les Wu De 武德 et j’espère qu’ils vous aideront à en comprendre l’essence :

忍一时风平浪静
退一步海阔天空
Endurer un instant, le vent et la vague se calment
Reculer d’un pas la vision du ciel devient immense

谦虚使人进步
骄傲使人落后
La modestie fait avancer
L’arrogance fait reculer

善有善报。
La vertu a sa récompense.

美名胜过美貌。
Une belle réputation vaut mieux qu’une belle apparence.

凡人不可貌相,海水不可斗量。
On ne peut juger un homme à son apparence tout comme la mer ne peut être sondée par une gourde.

只要功夫深,铁杵磨成针。
Avec du travail, il est possible de changer une barre de fer en aiguille.

水滴石穿, 绳锯木断。
(Avec du temps) Les gouttes d’eau percent une pierre; une scie en corde coupe le bois.

旷神怡,事事顺利。
Quand le cœur va, tout va.

一笑解千愁。
Un sourire efface mille soucis.

人逢喜事精神爽。
Les gens sont de bonne humeur lorsqu’ils sont impliqués dans des événements heureux. / Un coeur joyeux rend le visage serein.

大智若愚。
Un grand sage peut sembler parfois idiot

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